03.05.2009

les rencontres du mucien de mes douilles

La salle se vide. Le cortège s'éloigne. Elias sur sa housse froissée se raccroche aux nuages qui s'effilochent, se lève et passe au clavecin, les uts dièzes clapotent, les échos grêles s'étouffent dans les tentures, un rire acidulé soudain relève sa tête de serpent - qu'est-ce à dire ?
C'est SINKEL qui rit, c'est la petite sotte qui passe devant la fenêtre, pourvu qu'elle ne m'ait pas vu, Elias se précipite, la fillette est déjà loin, il reste devant lui la longue allée sablée et la cime des frênes "qui griffent les nuages" sans doute. 
Le 25 mars 1740, le Roi mourut. 
"Il sembloit ne le jamais devoir faire".
Après trente années de règne.

Eliphas, frère aîné, a frémi. Logeant au bout du parc dans un pavillon confortable, encombré – à l'écart, jalousé... Eliphas évoque de longs soupers déshabillés où le feu Roi paraissait au dessert parmi les sucreries et les ribaudes : l'aspect compassé du roi Gerhard contrastait avec ses mœurs nocturnes, pour les soirées desquelles c'était au musicien qu'il s'adressait. Eliphas craint par conséquent :
de réintégrer l'internat de l'orchestre
de se faire bastonner pour maintes insolences 
- de se faire emprisonner pour avoir en son temps conseillé (fourni) des pucelles au roi (voilà que je m'en avise – "Donc, conclut-il, nous partons. Nous n'assisterons pas aux funérailles de Sa Majesté.
"Eliphas a déjà le chapeau sur les yeux" (alexandrin)
Dans la remise attenante il prend son manteau de voyage bleu à même sur sa livrée verte, ce qui jure (pour donner le change le Roi revêtait ses rabatteurs d'une livrée). Le jeune frère plonge dans l'inquiétude, comme à la vue d'un plumage nouveau annonciateur de migrations et de tempêtes. Eliphas en chapeau pivote sur lui-même et vide l'armoire sur le sol. Elias se redresse dans un fauteuil, une jambe pliée l'autre tendue. "Deux jours qu'il est mort" dit Eliphas, "deux jours que je vais tête baissée". Il retrousse les housses, jette à terre habits, souliers, manuscrits ; chausse des éperons par-dessus ses souliers de Grand Laquais. Il est très résolu, ses éperons cliquètent sur les tomettes, qui sont les briques rouges du sol. "WILHELMINA sort de sa taupinière – tu te rends compte ?" Elias ne dit rien.

 

L'aîné repousse du pied les partitions. Finalement, il enroule autour d'une flûte à bec un seul manuscrit qu'il enfouit dans sa poche : un Requiem – "Haha ! Je donne six mois à la Cour pour grouiller de Jésuites !" Quand il se retourne il ne peut retenir un sourire : ELIAS, dans son dos, s'est doucement mis sur ses jambes, et devant son petit secrétaire empile avec soin son linge, ses cahiers de portées, sans oublier la gravure de Marsyas. "Non ELIAS, dit l'aîné doucement, il faut laisser tout cela ; crois-tu donc qu'un carosse nous attend à la porte ? nous partirons sur des chevaux... un peu volés... 
- Et les brigands ?
- Les brigands sont à la cour. Nous partons. C'est deux de moins.

Commentaires

Une fois dans ma vie j'ai pu improviser sur un clavecin... Ce pied... Dire que je ne pourrai jamais m'en payer un, vu la médiocrité de mon budget... "Travailler plus pour gagner plus" ? J'ai déjà travaillé, or à 64 ans, maintenant, si vous permettez, je me repose. ET je me plains, parfaitement ; et les "moralistes", et autres personnes "pleines de logique", je les emmerde.

Ecrit par : chapon | 08.05.2009

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