29.04.2009

Piqûre de rappel sur Léopold Senghor

ROBERT JOUANNY « ETHIOPIQUES - Senghor » 28 11 2055 , collection "Profil"

« Dans l'exercice de ses fonctions, Senghor doit résoudre des problèmes juridiques ou sociaux hérités de cette tradition qui s'adapte mal aux exigences du temps présent : problèmes d'indivision (p. 112), « querelles intestines » (p. 136), « les querelles des clans, les querelles des castes » (p. 140), « embûches des puissants » (p. 108). Il doit également faire face aux problèmes nés de la mauvaise adaptation de l'agriculture, du commerce et de l'industrie à une situation économique difficile : l'émeute menace sur « les places des villages [dans] les boutiques des bidonvilles et les ateliers des manufactures » (p. 112) qui sont « ruinées » (p. 136) ; la moralité est quant à elle ébranlée : « luxe et licence » triomphent ; les femmes quittent leur foyer ou tombent dans l'adultère, les jeunes contestant l'autorité de la traditions réclament « leur part d'indivis » (p. 112), la malhonnêteté collective s'installe (pp. 112-113). Comment, devant une telle situation, le poète ne serait-il pas tenté de « faire retraite », pour réfléchir, fort de « la confiance de [son] Peuple » (p. 135), aux moyens d'adapter la tradition africaine aux urgences du Présent ? » 
Or le chapitre suivant s'intitule « 6 – Les Mirages de l'Occident » - ceci pour répondre aux critiques implicites (et parfois exprimées) d'Aimé Césaire et de bien d'autres, qui reprochèrent à Senghor son manque d'engagement politique. Il y a suffisamment de preuves qu'il en fut parfaitement conscient, endossant même la responsabilité de son pays durant des années. Seulement, voyez-vous, l'on ne fait pas exprès de penser ce qu'on pense, j'y tiens, et on ne peut pas se forger une indignation artificielle, contraire à son tempérament. Senghor n'est pas Césaire, et vice-versa. « L'expérience de la vie a permis à Senghor de porter un regard lucide sur « les-peuples-de-la-Mer » - même expression pour les mystérieux envahisseurs des rives sud de la Méditerranée dans la préhistoire grecque - «tout en se laissant prendre au charme de celle qui les représente dans sa vie privée. A la différence des recueils précédents, le regard critique passe ici au second plan : les combats anticolonialistes sont déjà en train de prendre fin, même si l'on en trouve de vigoureux échos dans les Ethiopiques. Le sentiment qui s'impose est celui d'un homme ébloui, tenté et pourtant défiant. »
Arrive alors le premier sous-titre, chacun des chapitres s'articulant en trois parties, à la façon d'une dissertation : CRITIQUE DE L'OCCIDENT - « La critique de Senghor porte sur trois points principaux : le mode de vie, le fonctionnement de la pensée et la colonisation 1 » «  1 – Cette question sera abordée dans le chapitre suivant. » - « Le mode de vie occidental
La découverte de New York permet à Senghor, une fois passé le premier éblouissement, de formuler des griefs précis. Ils s'expriment, dans la première partie du poème (pp. 115-116), tantôt sous forme d'images, tantôt sous forme d'arguments :
images de froideur, rendus par les expressions de « métal bleu », « sourire de givre », « éclipse du soleil », « fûts livides », « muscles d'acier ». Cette froideur transforme la timidité initiale en angoisse car elle est associée à une absence de lumière, qui correspond à une absence de vie : « yeux de chouette parmi l'éclipse du soleil », « lumière sulfureuse ».
démesure de l'homme qui rivalise avec le Créateur les gratte-ciel « foudroient le ciel », « défient les cyclones », la peau des pierres est « patinée » (et non naturelle). 
« A partir de ces deux constats, la critique prend forme : New York est la ville de l'artifice, aussi éloignée qu'il est possible de l'être du modèle de vie africain, qui, en contrepoint, apparaît comme le seul satisfaisant. Le poète n'a nul besoin de rappeler qu'en Afrique, il y a des puits et des pâturages, des oiseaux qui volent dans le ciel, des enfants rieurs et confiants au sein de leur mère, que la chair comme les cœurs y sont naturels, la sagesse accessible, les nuits paisibles, l'amour fécondant. De tout cela il est certain. »

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Commentaires

Eh oui, mon vieux, tu as le choix : la charia de l'Islam ou le juge Burgaud...

Ecrit par : trampaton | 03.05.2009

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