23.04.2009

Montaigne et moi, carrément...

Au moins fuir cette vie douce épouvantable, mon emploi du temps si souvent serein, cette inépuisable capacité de se plaindre des choses les plus opposées. Si peu que je m'éloigne de mes bornes viennent l'angoisse, les cœurs serrés. La folie ne me convient pas. Je la repousse de toutes mes forces, souhaitant la variété, ne pouvant m'y résoudre. Aurai-je le temps de lire le Journal d'Amiel ? Il ne le semble pas. Voici encore : D'autant que la sagesse, c'est un maniement réglé de notre ame, et qu'elle conduit avec mesure et proportion, et s'en respond. Tel est le défaut de Montaigne : c'est de penser, de croire, qu'une fois le règlement de justesse trouvé, de sagesse, un instinct nous avertit qu'il s'y faut tenir. C'est faux, pour moi ! Montaigne... Combien de fois le fléau s'est-il arrêté sur le 0; et s'est-il remis de plus belle à ballotter au gré des minutes... Ce chapitre traitait de l'ivresse. Je n'ai ici, sur la table, qu'une petite canette désalcoolisée, que je viens de finir, déjà éventée.
Je ne souhaitais rien d'autre qu'une chambre, un silence, des putes à qui se confier, et le désert. La nuit, je ressortais errer, ne souhaitant rencontrer que le silence, les flics, les noctambules, mais sans coucher avec des hommes. Ils m'auraient seulement montré le chemin du cul des femmes, et je leur eusse succédé. La dernière ville qui me hante est Bourg-en-Bresse. Platon argumente ainsi, que la faculté de prophetizer est au-dessus de nous ; qu'il nous faut estre hors de nous quand nous la traittons. Défaut de mon âme, de n'avoir jamais pu aborder Platon, monument d'ennui pour moi, et de suffisance. La morgue platonicienne. Jamais une inquiétude, jamais une faille. Toujours pontifiant, sec. Il faut que notre prudence soit offusquée ou par le sommeil ou par quelque maladie, ou enlevée de sa place par quelque ravissement céleste. La note 3 précise que c'est dans le Timée. Ce sont les notes qui m'ont fait haïr Platon. 
Elles sont pourtant nécessaires, car je n'y comprends rien. Les ratiocinations de Socrate m'exaspèrent. Et le chapitre suivant s'intitule Coustume de l'isle de Céa.  
10 01 2055
Je lis Montaigne. Cursivement cette fois. Me voici à l'Apologie de Raymond Sebon. Des exdemples relatent de curieux faits divers dont les animaux sont les principaux personnages. Androclus et son lion, c'et Androclès, c) a passé pour d). Ce soir j'ai besoin de me restructurer. Ce lievre qu'un levrier imagine en songe, apres lequel nous le voyons haleter en dormant, allonger la queuë, secouer les jarrets... la citation est trop longue, il faut bien que j'écrive moi-même. Montaigne prend ici des accents prépascaliens. Je sais où il va. C'est le début d'une longue démonstration poursuivie jusqu'à nos jours, que l'homme est seulement un animal supérieur. Puis ce sera pour dire qu'il vaut mieux être mort, car tout n'est rien. ...et représenter les mouvements de sa course, c'est un lievre sans poil et sans os.

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