21.04.2009

Y fait chaud en été, pis froir en hiver... Vain guiou qué malheur...

Le nombre de conneries façon "langue de bois" que je me suis entendu en milieu éditorial dépasse au mètre carré tout ce que j'ai pu entendre ailleurs. Exemple : "Si vous êtes bons, vous serez publiés. Il est impossible que quelque chose de bon échappe à la perspicacité des éditeurs, qui ont tout intérêt, n'est-ce pas, pour leur publicité, à éditer d'excellents textes. " Bernard C. (car c'est de lui qu'il s'agit) prend alors entre les mains Mon Roman, se tourne vers mon éditeur d'alors et lui dit : "C'est un de vos amis ?" Et il flairait le volume d'un air dégoûté, "le retournant avec sa serre". Ben évidemment que j'ai eu recours à un ami pour me faire éditer ! Dis donc Nanard, comment as-tu fait toi-même quand tu as débarqué à Lyon de ton Jura natal ? Tu n'as pas eu recours à des amis par hasard ? Parce que tu veux nous faire croire que c'est l'excellence de ta prose qui t'a fait éditer ?

Tu déconnes ? Tu t'es relu ? Il me demande ensuite, le grand homme : "Pourquoi n'avez-vous pas publié autre chose ?" Je réponds du tac au tac : "Parce que c'était mauvais." Je n'y ai même pas mis d'ironie. "Et qu'est-ce que vous allez faire ?" "Eh bien je vais tout récrire". Ce qu'il y a de bien avec Bernard C., c'est qu'il ne se rend pas compte qu'on se fout de sa gueule. 2è connerie : "Ecris-moi un chef-d'oeuvre et je te le publie." Comment, Editeur, te voilà capable de détecter un chef-d'œuvre ?
Peux-tu me dire d'une part pourquoi tu as publié tel ou tel connard dont tu savais pertnnemment qu'il écrivait des conneries comme son nom l'indique, mais dans l'espoir qu'il te rapporterait des gros sous ? Comment discernes-tu le chef-d'œuvre ? Tu sais que même Victor Hugo a dû batailler (disons : magouiller) pour faire accepter ses "Misérables" ? Parfaitement, Les Misérables ! Sais-tu à quelles honorables magouilles a dû se livrer Nadeau pour faire publier, diffuser, accepter Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry ? Qu'est-ce que c'est qu'un chef-d'oeuvre avant publication ? Rien, que dalle. Un chef-d'oeuvre, ça se construit. Il faut être toute une équipe autour d'un bouquin, le lancer, se tenir toujours sur la brèche, télévision, journaux etc., et ensuite, ensuite seulement, quand il se vend, quand les gens s'habituent à l'entendre encenser sur tous les tons, alors seulement ça devient un chef-d'oeuvre, mais pas comme ça, hop, dans le cabinet de lecture d'un éditeur qui se prend pour Sainte-Beuve ou Gide. 
En bref on ne s'aperçoit qu'un livre est devenu un chef-d'oeuvre qu'en consultant le tiroir-caisse, point, tiret. J'oubliais aussi les nombreuses et très pressantes pressions auxquelles j'ai été soumis pour demeurer surtout dans mon coin, ne pas me galvauder, ne pas figurer sur telle ou telle liste d'écrivains, en attendant qu'on vienne me chercher pour me faire un pont d'or, car une grande œuvre se fait dans l'isolement - mon cul ! Si tu es isolé, tu peux écrire des choses que tu juges extraordinaires, personne, tu m'entends bien, personne ne viendra jamais te chercher. Fais-toi connaître, agite ton cul, magouille, magouille, et à un certain moment on te dira : "Vous n'écrivez pas, par hasard ?" Ne dis pas si, surtout, malheureux ! (les magouilleurs n'ont pas besoin de ce conseil). Tu entendras alors ton interlotrouducuteur te dire : "De toute façon ça ne fait rien, vous écrivez n'importe quoi et notre rewriter saura bien vous présenter tout ça, et on le publie !" Il se peut que cette chose ait existé à toutes les époques, mais nous n'en savons plus rien. 
En revanche pour les auteurs contemporains la merde est encore toute fraîche, et c'est pourquoi je ne les lis jamais, car ils n'écrivent pas mieux que moi. Au moins avec les auteurs anciens, dont la merde est depuis longtemps séchée ou momifiée, on peut se bercer des illusions d'une pureté. La renommée ? ce n'est jamais qu'un groupe de nazes qui se sont mis à se vanter les uns les autres à toute force et à persuader le public qu'ils étaient les meilleurs. Ensuite, la patine du temps fait le reste. A partir d'un certain niveau d'écriture, il n'y a aucune différence entre écrivains, et le tri se fait en fonction des hasard, puis la tradition assoit son gros cul là-dessus et il est impossible à tout jamais de l'en décoller. Et si je magouille avec ma tête et mes idées, je vous emmerde, parce que vous ne vous êtes pas gênés pour le faire vous-mêmes.

Commentaires

Jamais pu savoir combien il y avait d'hectares dans 1 km². Et vous ?

Ecrit par : treubet | 27.04.2009

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