19.04.2009

Les délires du petit prodige

Il faut se regarder soi-même afin de déjouer tous les pièges des yeux d'autrui. 
Position de jeu
Quelques grinçures de flûte ; pour trouver le souffle.
Quelques grimaces devant la glace. Un son de velours à présent (griffures ; tendresses). Quand ELIAS FELS rencontre au-dessus de l'argent son regard brun (qu'on pense aux portraits de Jean-Jacques) il lui vient une moue frémissante, et si les femmes aimaient les hommes, elles aimeraient celui-là. Elias suspend son haleine, fixe pour sa vieillesse l'instantané de ses quinze ans. 
Dans un secrétaire il conserve serrée une gravure de Moreau le Jeune "Marsyas rivalisant avec Apollon". 

Description
Le Faune, assis sur un roc de théâtre, gonfle ses joues moricaudes et semble, de toute la force de ses yeux, puiser le suc de la terre inspiratrice ; Apollon, la lyre négligemment posée sur la hanche, attend la première défaillance pour écorcher (αποδέρειν, apodéreïn) son rival aux basses branches d'un figuier.

Morale et Comédie
Elias a pris parti à tout jamais pour le Grand Satyre, qui a pu se mesurer au Dieu : vaincu, mais dans la gloire. Il conserve avec soin quelques œuvres dissimulées portant en bas de page le parafe ténu qu'il a imaginé pour "Marsyas"... "Aujourd'hui, je vais le serrer de près – Apollon !" Il se campe, abat son instrument, la flûte traversière, comme un fléau d'argent. Trilles de tierce, en grignotage ; escalade d'octaves (renversements) ; thèmes ébauchés, délaissés, puis des poncifs, reprise de souffle. Très joli. Réussi vraiment – la Muse ? La gloire ? Son nom sur les lèvres des princes ? ...une phrase prometteuse, une autre sans laideur – mais c'est – le concerto ! Je savais bien que j'en serais capable – Rogmann voudrait m'engager malgré mon frère ("Kapellmeister ou rien" et tout ce qui s'en suit).
Elias Fels, quinze ans, cesse de jouer, jette un long regard sur l'allée qui file "entre les bibelots floraux du jardin", repose sa flûte, regarde sa main : s'il y découvre une étoile, même petite, il sera marqué par le destin. Il secoue la tête. Frappe du pied. Bourdonne un air. Flûte et clavecin, harpe, timbales, et la grand-bande des violons – tutti ! (Il "tubette", "piperonne", "chante un dernier accord") – hourvari, ovations, bouquets, bravos ("les lions de Cour rugissent, les jeunes filles lancent des fleurs")-

Commentaires

Jamais réussi à tirer un son d'une flûte traversière... Et vous ?

Ecrit par : jépon | 25.04.2009

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