24.03.2009

Mc Cullers et la guerre des sexes

Voilà comment Marvin Macy reprit la maison de Miss Amelia. Au début, Cousin Lymon lui donna sa chambre, et dormit sur le canapé du salon. Mais la neige eut sur lui un effet regrettable. Il attrapa un rhume qui se transforma en angine, et Miss Amelia fut obligée d'abandonner sa propre chambre. Le canapé du salon était trop étroit pour elle, ses jambes pendaient, elle tombait souvent par terre. Peut-être ce manque de sommeil lui embrumait-il le cerveau ? Tout ce qu'elle tentait contre Marvin Macy se retournait contre elle. Elle se prenait à ses propres pièges et se retrouvait dans les situations les plus lamentables. Mais elle ne se décidait pas à jeter Marvin Macy dehors, car elle avait peur de se retrouver seule. Quand vous avez vécu avec quelqu'un, c'et un terrible supplice d'être obligé de vivre seul. Le silence d'une chambre, sans aucune lumière que le feu, et brusquement l'horloge qui s'arrête, toutes ces ombres qui bougent dans la maison vide... Plutôt que d'affronter la terreur de vivre seul, il vaut mieux accueillir chez vous votre plus mortel ennemi."
Voilà ce que ça donne. Une histoire de territoire à partager. Une femme forte contre deux hommes : une brute et un truand. Je crois même que ce Marvin Macy, dont les syllabes remplissent la bouche, serait son ancien mari ; mais je ne m'en souviens plus bien. Toujours est-il que pour une fois, il ne s'agit pas d'une histoire d'amour ou de désir. Non, d'une simple lutte pour l'espace vital, comme entre animaux. La femme a une cuisse velue : c'est un fauve, mais surmonté par le nombre, et par la crainte. Jusqu'ici c'était elle qiu imposait le respect à tout un village, dans la mesure justement où personne ne lui connaissait de liaison masculine. Et la voici en pleine conscience de sa faiblesse, juste capable de rouspéter près d'un poêle et se faisant tous les reproches possibles. 
La femme joue avec les hommes en utilisant des armes d'homme : la parade guerrière. Mais l'homme est traître, il vient en couple, celui de l'insolence, de l'arrogance, et de la sournoiserie, de la lâcheté. Une femme se heurte brutalement au monde de la supériorité physique, de l'ascendant, elle n'a aucun allié, elle s'est dressée contre tous, et ne reçoit maintenant aucun appui. Et sa fêlure interne s'agrandit. Elle refuse les armes paraît-il féminines de la séduction, parce qu'en définitive, ce serait admettre le code : la femme fait marcher l'homme, puis se soumet, il n'y a pas d'autre issue dans ce milieu borné, paumé dans le Middle-West. Et c'est là, transposé, tout le drame intime de Carson McCullers qui ne parvint à trouver ni chez les hommes, ni chez les femmes, ni dans l'alcool. 
Qui d'entre nous d'autre part ne s'est pas laissé hypnotiser par la sûreté de soi caricaturale, par des roulements d'yeux et de mécaniques, par cette indifférence qui vous pénètre d'un long aiguillon d'impuissance, par la jouissance malsaine et dépravée de se sentir dominé, ratatiné, réduit à l'état de nourrisson dépendant et sourdement haineux, jouissant avec dégoût de la dépravation de sa souillure ? Etre l'esclave d'une tête à claques dont la valeur morale n'excède pas le niveau de votre semelle, sentir en soi-même l'assentiment, la complicité salissante avec son humiliateur, ne pas pouvoir s'en débarrasser en le rossant, tout simplement, physiquement, en l'éliminant de votre propre vie à grands coups de pieds dans le cul... Vous avez tous senti cela, devant votre percepteur, votre garagiste, votre con de mari. Et si je peux racler quelques souvenirs confus, il me semble bien que l'affrontement physique, à la Morricone, tourne à l'avantage de la femme ; mais que ce connard de rachitique sauve la mise en assommant Miss Amelia par derrière avec une poêle à frire...

Pour le savoir, il faudrait que je relusse, ou que vous lussiez, La Ballade du café triste, de Carson McCullers. Facile, prenant, tenace.


Commentaires

L'androgynat, vite, l'androgynat généralisé ! Professore Antinori, au secours ! Socorro !

Ecrit par : jabadin | 28.03.2009

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