18.03.2009

Du fiel sur Georges de Caune

Agréable bouquin, dédicacé « à un homme libre », c'est moi. Quelques négligences dont l'une fut relevée dans le mot de remerciement : une phrase incomplète. Il n'y a rien de commun entre Georges de Caunes et moi, car dès les premiers instants de sa vie, le futur journaliste s'est senti libre, dans une famille déjà en vue et bien pourvue de fric. Cela fait penser, plus ou moins, à un Malraux au petit pied : juste la peine de naître, et la petite machine à énergie qui se met en route, sans surprise, jusqu'à la mort. Dieu merci, rien de prétentieux. Mais rien de moi. Un mariage avec Benoîte Groult, puis un divorce. 
Un homme qui était un homme, qui vivait sans se poser de questions, sans se demander s'il avait bien ou mal fait de faire ceci, ou d'avoir plutôt fait cela, et que j'agis, et que je décide, et que je vais de l'avant... Parfait ! Il en faut ! Le monde ne serait pas allé très loin s'il n'avait connu que des mauviettes comme moi ! Georges de Caunes, un homme, un vrai, sans états d'âme (lapsus ordinatoris : « sans étata », c'est trop beau), ayant choisi la Résistance – avec un malfrat, il est vrai... Quant à sa femme, remariée, «pendant plus de cinquante ans, Paul Guimard partagea avec [elle] les mêmes idées politiques, les mêmes goûts littéraires et une passion sans bornes pour la Bretagne et la mer ». 
C'est parfait ! Grand bien leur fasse ! Ils font partie de ces gens qui aspirent goulûment la vie à un degré infiniment supérieur au mien ! Des gens qui ne comptent pas leurs sous, qui s'entendent bien, la petite vie réglée comme du papier à musique, et dont la biographie, à vraiment parler, ne m'apporte strictement rien. Des gens pour qui tout est évident, « y a qu'à », et qui te considèrent dans ton malheur comme un pauvre objet neutre qui finalement n'avait qu'à se débrouiller, et qui n'a pas su... Monsieur et Madame Machin, avec du pognon, des relations, un cerveau en état de marche, pas de parano, une normalité à désespérer, la bagnole les chiens les enfants la piscine, ça vit ça va ça vient ça crève et ça s'oublie comme le reste. 
Même pas d'aigreur de ma part d'ailleurs, non, une nonchalante sympathie, pour des gens parfaitement interchangeables, sans relief particulier, sans aucun mérite en tout cas, je dis bien : au-cun. Alors, qu'ils aiment la Bretagne, grand bien leur fasse, avec un voilier ou un beau petit bateau d'à peine vingt briques ; je n'en ai rien à foutre. « Ils auront une fille ensemble». Eh bien c'est super. Ils l'auront élevée sans difficulté je suppose, avec des gardes d'enfant bien payées, des domestiques et une famille unie, des photos de vacances avec le sourire et des conversations sur les coups de soleil entre deux coups de téléphone des rédactions de grands journaux parisiens. Je t'en aurais bien mené une aussi moi, de vie comme ça, j'aurais même rempilé sans problème. La fille s'appelait « Constance ». Comme le lac. Pas une ride. « Entré à la Radiodiffusion au journal parlé où il dirigeait les débats de l'émission qu'il avait créée » - ben voyons ! Carrément la radio nationale, à l'émission la plus regardée ! Moi je me suis farci dix ans aux Mureaux parmi les analphabètes avec vingt auditeurs les jours de pointe, plus dix et bientôt vingt ici à Bordeaux sans guère d'auditeurs supplémentaires, je me dirige tout seul moi, et je n'arrive même pas à branche rmon casque de retour. 
Et quand je demande de me résoudre un problème technique, on me dit « Demande à tes maîtres », la CIA je suppose, ou bien le MOSSAD, tout ça parce que je suis opposé à ce qu'Israël rentre dans ses frontières de 1967, rigoureusement indéfendables. Il y a donc des gens comme ça, doués, posés, de l'entregent, le costume-cravate dans la tête, le confort à tous les étages, qui se retrouvent à animer des débats, et allez donc, pendant que d'autres couillons essaient de faire taire des élèves dans des petites salles de classe... "La tribune de Paris", ça s'appelait, "Paul Guimard acquit une notoriété immédiate à la parution de son premier roman, Les Faux-Frères, en 1956. 
Dois-je vraiment insister sur mes 126 exemplaires vendus de mon Omma ou les 37, peut-être moins, de mon Pourquoi ont-ils tué Péguy ? Il n'y a même plus d'amertume en moi, la porte ouverte, en short, par une température "largement au-dessus", comme ils disent, "des normales saisonnières". Petits vieux, préparez vos cercueils... Bref, toujours ces mêmes biographies plates où manque tout ce qu'on ne dit pas, les intrigues, les coups bas, tout ce qui permet à la bourgeoisie parisienne d'éliminer très vite tout ce qui remonte en grouillant de sa province puting kong , bof ! Je me trouve monotone, tiens. Mais inimitable, tout de même... 
"Il enchaîna les réussites avec une comédie, Un Garçon d'honneur, alors que le couillon de bas bordelais ne parvient même pas à attirer l'attention du metteur en scène avec le "pitch" (on dit le "pitch", maintenant, c'est nettement plus porteur qu' "argument") de sa petite piépièce toute prête dans les tiroirs depuis trente ans... Ah, Bordeaux et Paris, mong cong, c'est pas pareil ! Et que je te connais le directeur du théâtre ! Et que je te dirige les répétitions ! Et que je te rencontre quelqu'un qui rencontre quelqu'un qui aplanit tout et qui t'ouvre toutes les portes, et que je te soudoie les journalistes pour qu'ils présentent ça bien, et que j'avertis tout le gratin et les beaux-frères de toute la petite famille et belle-famille !
Ça fait un peu pitié tout de même, parce que personne ne se souvient plus de cette pièce "écrite avec Antoine Blondin", carrément, pas avec S. T., devenu employé à la Sécurité Sociale... Tiens, je vais écrire de ce pas à Daniel Mesguich, moi, pour voir s'il ne voudrait pas m'écrire un pièce de théâtre, par hasard, et ce serait moi qui signerais...

Commentaires

Ah c'est dur d'écrire en français correct, hein mes couilles d'écrivains contemporains incultes... !

Ecrit par : charpenchar | 24.03.2009

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