Fronfron55

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  • Autrefois, j'étais plus virulent.

    A bas l'édition. Ca commence bien. Vous allez dire (mais qu'est-ce que j'en sais) - "Nous avons déjà lu cent fois ce genre de hargneries ("vieux ; "hargneries d'auteur") sur "l'édition qui ne m'édite pas parce que je ne fais pas partie des copains" etc... etc... Oui, bien sûr, j'ai commencé comme ça. Je revois encore Clavel tournant et retournant mon bouquin "avec sa serre", s'adressant à mon éditeur d'un air écoeuré : "C'est votre ami que vous éditez ?"  Réponse "oui". Réponse occulte : "Et vous, Monsieur Clavel, comment avez-vous fait pour vous faire éditer la première fois que vous montiez à Paris de votre Jura natal ?" mais ça ne se dit pas. Il est clair, archi-clair, sauf pour une légion de puceaux et -celles, qu'on ne peut se faire éditer que par un de ses amis. J'ai assez payé pour le comprendre. Je lis dans Télérama (on se signe) qu'un pauvre petit pohouête se plaint de ce que son manuscrit se fait refuser depuis un an - un an ? 
    Mais pauvre cloche moi ça fait vingt ans que j'essaie. Toute mon enfance, toute mon Hâdolescence, tout mon âge adulte passé à entendre autour de moi que je suis original, qu'on ne peut pas m'oublier - je n'invente rien - puisqu'il paraît, n'est-ce pas Monsieur Sartre - on se signe - que ce sont les Aûûûûtres qui vous définissent, eh bien j'ai eu la faiblesse de les croire, quand ils me disaient que j'étais un être sortant de l'ordinaire - et les éditeurs seraient les seuls à me trouver banal, plat, indigne d'attirer l'attention de leurs lecteurs ? Pourquoi donc croyez-vous que je publie à mes frais cette feuille de chou que vous parcourez en ce moment ? seulement si vous avez le temps, hein, car comme disait l'évêque de Macon, "Pourquoi envoyez-vous votre journal à des inconnus", "qui ne vous ont rien demandé", ajouteraient les soeurs Eurysthée. Attends, coco, c'est quoi, cet argument ?

    Quand je me balade dans la rue, est-ce que j'ai demandé à cet imbécile de pharmacien de me hanter avec sa croix verte qui clignote, qui se tortille, qui me flashe les yeux pour pas un rond ? Si j'ai envie ou besoin d'entrer dans sa pharmacie, j'y entre, si je n'en ai pas envie, je n'y entre pas. Mes merdes écrites, c'est la même chose : tu lis, ou tu lis pas. Moi j'ai juste fait le signal. Je ne vois pas pourquoi dans un monde où tout le monde s'impose à tout le monde, je n'aurais pas le droit de m'imposer aux autres. Pardon - de ma proposer, nuance. Un collègue me disait l'autre année "Personne n'est obligé d'écouter tes conneries", j'ai failli répondre, putain j'aurais dû répondre, mais je n'aime pas envenimer, "Personne n'est obligé non plus de supporter non plus ta tête de con".  ...Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Mais mon vieux c'est ça, la vie en société ! en promiscuité !

    Chacun est bien obligé de supporter l'odeur de pet de son voisin, je ne vois pas pourquoi MOI, sous prétexte qu'il y en a qui me jugent plus con que les autres, pourquoi MOI je devrais me faire discret. Ma revue vous emmerde ? Et les papiers publicitaires alors ? Je vous empêche, moi, de me jeter à la poubelle ? je vous fais payer quelque chose ? Je vous harcèle pour avoir de l'argent ? Non. Quand je dis "à bas l'édition", c'est radical. Le système de l'édition doit être purement et simplement supprimé. Il faut en revenir au bon vieux système des libraires, qui acceptaient ou qui n'acceptaient pas l'ouvrage sur leurs rayons. D'ailleurs il n'y aurait plus de libraire non plus. Parce que ces gens-là ne verraient bientôt plus que le truc qui se vend. Ni libraire ni rien. On se repasserait les livres de mec à mec, "Je t'ai écrit ça qu'est-ce que tu en penses", et la littérature réintégrerait enfin le domaine privé. 
    Ca ressemblerait à la Toile (en français, le Web).

  • Hargneries diverses

    En vérité, s'il y a une partie des programmes de français que je voue aux gémonies, c'est bien leur fameux “persuader et convaincre”. Il n'y a si crétine affirmation qui ne puisse se démontrer avec des arguments parfaitement valables, on peut même vous démontrer en agitant les manches que les Juifs ont tué Dieu ou qu'une ligne courbe est droite (il suffit de la considérer point par point, ou vue de haut, ou considérée par rapport à la curvité : elle est courbe par raport à la curvité, donc elle est droite. Tout se démontre. On voit des cours se déjuger, on voit bientôt Papon plaider devant la Cour des droits de l'homme, et il se trouve même des professionnels pour s'apitoyer sur le traitement dégradant infligé à Saddam Hussein. Et les gosses kurdes liquidés par les gaz, ils n'en ont pas eu, de traitement dégradant ? Moyennant quoi, en allant bien fouiller dans n'importe quoi, on va vous trouver une thèse à défendre.

    Exemple : mon nez ressemble à une bite, je ne porte pas de cache-sexe au nez, donc attentat à la pudeur. J'ai regardé une femme de travers, allez hop, harcèlement. Je l'ai bousculée dans le métro, allez re-hop, attentat à la pudeur, tentative de viol. En Angleterre c'est carrément quand vous avez un comportement, une allure suce-pète que vous êtes susceptible de vous faire embarquer. Je vais t'en foutre moi du droit. Justice partout, justice nulle part. Je connais une boulangerie qui marche du feu de dieu, elle s'appelle “Le four”. Mais comme elle est “Rue de la Juiverie”, allez hop ! Je te fait attaquer ça en vitesse pour antisémitisme et incitation à la haine raciale, et voilà vingt personnes à la rue, dont cinq juifs qui ne pensaient pas à mal. Le dédain, le mépris, la déconsidération, l'écoeurement que j'éprouve face à de certains mesquins ras du cul m'écoeurent moi-même. C'est malsain, le mépris ; ça vous laisse la langue toute fielleuse, le rectum tout mélancolique. On a l'impression de se salir soi-même en éprouvant le mépris.

    Un peu la même chose que lorsqu'on en vient à considérer quels sont les enfoirés qui réussissent, avec leurs nègres et leurs euros, alors qu'on est en train de trimer dans le mépris des autres. Tiens je termine sur Chateaubriant : le mépris est une denrée rare, qu'il ne faut utiliser qu'avec parcimonie, vu le grand nombre de nécessiteux. Souhaitons de tout coeur mes chers amis, que notre journal survive et torde le cou à l'hydre, rebellons-nous comme un vulgaire mortel contre la mort, afin de ne pas finir, non, jamais, ce serait trop répugnant, trop épouvantant, trop hideux, trop dégoulinant, trop mollardier, trop sanieux, trop charognard, trop dégoulinant de tripes, trop vomitif, de ne pas s'ensevelir tout palpitant de spasmes vomitifs dans un trop SOT TOMBEAU. J'oubliais ceux qui l'avaient bien dit, qui l'avaient bien prévu, qu'il ne fallait pas employer “ce gars-là”, mais qui, bizarre ! bizarre ! quelques années auparavant, disaient pis que pendre de Roger, Marc et les autres, en les traitant de cons, comme quoi ils excitaient les féroces auteurs contre les gentils éditeurs, alors que ces derniers n'est-ce pas prenaient des risques financiers, et que si ma foi telle revue disparaissait du paysage revuique, eh bien ce ne serait pas si mal, et que je ferais aussi bien de ne pas me compromettre avec ces minables, alors que je valais bien mieux que ça – “je leur avais bien dit” ? Ah putain Tartuffe, Tartuffe, crevons tous...