27.02.2009

C'est chiant, spââââ ?

Je précisais en passant qu'Eliphas l'Aîné était gaucher, bien qu'il n'existe pas de succession de cordes spécifiques pour cette catégorie de joueurs. "Eliphas", mentionnais-je également, "conserve parfois, après jouer, une inclinaison de la tête et du cou ; en ce point, l'éphémère Eliphas ressemblait au jeune Alexandre. Les deux hommes interprètent un duo composé par Rogomus contre son gré. Observez bien la situation je vous prie : Eliphas ayant dit "à qui voulait l'entendre" que Rogmann faisait bien "Vieille-Souabe" (alt-schwäbisch) – qu'il en tenait encore pour Bach ou Schütz et dirigeait bien digestivement (en français dans le texte) sa formation (je crois qu'à l'époque le premier violon dirigeait lui-même ses collègues). S'il commandait,lui EliphasFels, l'orchestre de Sa Majesté, "l'on entendrait assurément bien d'autres choses". Et voilà comment Rogomus, "encore Kapellmeister, verdammt ! et pour longtemps", avait concocté ce chef-d'œuvre d'originalité, une "Sonate pour deux violons" d'une originalité de bon ton ("les auditeurs aiment à être surpris par ce qu'ils connaissent déjà").
Eliphas tient le second violon. "Les dix premières mesures à l'unisson, Herr Fels, puis je prends les dessus" – mais Eliphas pique son thème de suraiguës, pizzicati, etc., "Zezi n'est bas dans le texte" Je pimente le passage "Bas de bimentazion Bitte schön", bref Eliphas propose sa variation, et bien entendu c'est deux fois mieux, Maître Rogomus hoche la tête, conclusion La place se rend bien. Il y avait plus de texte dans la première version : Eliphas objectait que "la partition n'[était] qu'une pâte molle", à quoi "plusieurs générations d'exécutants n'[avaient] pas encore appliqué le sceau de l'immuabilité (der Unveränderlichkeit, j'avais cherché le mot dans le dictionnaire)" – mais iil aut faire sobre, à présent. Le lecteur n'a plus le temps de s'attarder à de fines notations narratives, à des dialogues ("...Simple suggestion, Maître : si nous rejouons, nous avons par exemple...") - plus de tout ça.

Qu'est-ce qu'il en a à foutre, le lecteur, des "reprises à l'octave", "à la douzième" (!) avant de retomber "sur le thème", Rogomus disait "Je réfléchirai", sans accent, avant de pécho la sonate, c'est lui qui va la signer (Herbert Rogmann, Graf von Hützeldorff u.s.w.). C'est dommage, moi j'avais composé une belle petite scène légère et réaliste, avec le gros qui s'essouflait (comique) à presser la cadence, qui se plantait dans les impros (on disait "la cadence"), et qui s'exclamait Tenez, FOUS ETES DROP FORT POUR MOI ! (tout le monde parlait français en ce temps-là). Bien la peine de soigner la psychologie, de faire dans le beau rythme ("Le Kapellmeister transpire, baisse les yeux avec componction, se berce sur son violon ; s'assoit ; Eliphas l'imite ; les deuxmusiciens s'essuient le visage et soupirent".) On ne devrait pas vous démolir vos romans comme ça ; c'est que j'y ai cru, moi. J'écrivais faux naïf et tout, je montrais le gros Herbert (allez, il n'est pas gros, ça fait cliché, on enlève ça) qui se tournait sur son fauteuil crapaud (attendez que je vérifie : "première apparition à la fin du XIXe siècle, dénomination attribuée à Gounod – c'est un musicien, mais pas le bon).

C'est fou ce qu'on s'instruit dans le Robert.

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