25.02.2009
Elias Fels à toutes les sauces
Et ce n'est pas fini mes braves. C'est le dossier qui se trouve juste au-dessus de "Fêtes Religieuses, 2e édition". Et comme j'extrais toujours mes extraits de ce qu'il y a "juste au-dessus", eh bien, ce sera Elias Fels. Pubis repetata placenta comme on dit au club. Ce maître de chapelle donc, Herbert Rogmann, appartenait à Sa Majesté Karl-Eugen, roi de Souabe (royaume d'invention pure). Eliphas (nous en revenons désormais à la typographie traditionnelle) se trouvait déjà, en sa vingt-cinquième année, en position de disputer la place au Kapellmeister ; c'était un excellent musicien, avant de mourir si misérablement. A la mort de Rogmann, Eliphas lui succéderait. "Il n'est jamais agréable de connaître le nom de son successeur", sententiais-je, "fût-on encore loin de la mort" – certes! Aussi m'étais-je autorisé, dans mon ignorance des usages de Cour fût-ce entre subalternes, à supposer que Herbert Rogomus pouvait très bien se faire une conscience de venir lui donner ("ou recevoir, disait-on") une leçon particulière hebdomadaire en son pavillon, "ne fût-ce que pour lui apprendre à respecter la hiérarchie".
J'écris ceci : "Les flancs de sa lourde silhouette s'adaptent si bien à la porte que celle-ci ne laisse plus passer la lumière : seule se découpe une tête mafflue, nimbée de contre-jour."
L'ombre du maître se découpe sur la partition d'Eliphas Fels.
Voici sa titulature :
Noble et puissant Seigneur
Herbert Rogmann
Graf von Hützeldorff
und Barstatt-Mandegen
La chose est bien évidemment sans aucune vraisemblance. Comment un personnage aussi hautement titré eût-il pu se contenter d'une simple charge de Kapellmeister, et s'abaisser à visiter un Eliphas Fels "en son pavillon particulier" ? La vérité est que j'avais épinglé sur ma porte, en 1963, cette identité hautement usurpée, sachant que devait me visiter un père noble, afin que j'accordasse à sa fille une série de cours particuliers d'allemand ; il avait plaisamment manifesté son étonnement de voir ici loger, à la Cité Universitaire, "un Comte" ! J'avais mis cette innocente supercherie sur le compte de la plaisanterie, et nous avions ri tous les deux. C'est ainsi que pour deux francs de l'heure j'eus l'avantage de consolider les connaissances germaniques de Mademoiselle sa Fille, avec le secours d'un increvable Bodevin-Isler. J'ai appris par la suite, de la bouche de son père, qu'elle me trouvait "amusant"... c'est tout dire... Bref je trouvais réjouissant que ce Maître de Chapelle s'affublât d'une identité aussi éminente.
"Sa Calvitie se fend d'un sourire" – je pastichais San A –
"Et la mer sur son front en dunes se figeait" (Ezéchiel, 8, 14, sans garantie). "Une lave écarlate cuirassait ses joues couënneuses" (je cite) ; il s'avançait, "grave et souriant", tendant à Eliphas "dont le violon pendait à bout de bras" une main "potelée, rondouillarde, moite, rosâtre, parfumée, aux ongles bien taillés en rond." "Répétons, cher ami, voulez-vous ?" disait-il. "Le gros homme beurré" (décidément) portait "comme une chaloupe au flanc d'un navire", un étui de bois verni où l'on voyait couché "comme un enfant dans un cercueil" (c'est inévitable) "capitonné" un "trois-quarts Stradivarius" – ce qu'il ne fit jamais, à ma connaissance (le mot n'est attesté qu'en 1872).
Eliphas répondait Bien Maître.
Rogomus élevait son violon en aspirant la poussière de l'endroit (le petit pavillon au fond du jardin de Sa Majesté, pour mémoire), jetant un regard poliment réprobateur sur la maîtresse pagaïe qui l'enveloppait. Assujettissant l'instrument sous sa bajoue gauche, il pinçait les cordes. Cela me semblait assez bien venu, au moins aussi bon que du Régine Déforges.
21:39 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Hein que vous aimeriez bien quelque chose sur l'actualité, Sarko et les petites phrases ? Eh bien que dalle. Toujours le XVIIIe siècle. Merde, putain, chiottes.
Ecrit par : choncrard | 03.03.2009
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