18.02.2009
Sadomaso
Sacher-Masoch, au nom imprononçable, engendra malgré ses protestations le terme de « masochisme » au sein du merveilleux et seul Grand Siècle, le XIXe , celui de toutes les décompositions. Sa Vénus à la fourrure (mais quelle fourrure ?) se propagea autour du globe, correspondant à une longue attente, car l'amour de souffrir préexista longtemps à la rédaction de cette nouvelle. Déjà le christianisme semble la plus délirante invention masochiste possible : que les souffrances du monde entier, des humbles et des esclaves, aient pu s'incarner en ce corps convulsé et jouissif, sur sa croix, d'un supplicié que l'on adore, voilà qui passe l'entendement. Ici cependant point d'autre religion que celle de la femme , et de la souffrance qu'on lui a commandé d'infliger, car elle n'y serait pas venue d'elle-même. Précisons en effet, et attardons-nous quelque peu : la souffrance évoquée dans La Vénus à la fourrure est celle d'un homme.
Une femme peut aimer souffrir, ce sera par sa nature prétendra-t-on, parce qu'elle désirerait d'elle-même le dévouement et le sacrifice, jusqu'à la déviation. Mais un homme ne saurait céder à ces penchants-là – hors la voie religieuse, où ils ne sont considérés qu'avec la plus extrême méfiance – sans déchoir, par une sorte d'abaissement, de bassesse. Il se dévalorise. Il se dévirilise. Le masochisme ne prend, ne se déclenche véritablement, que dans le jeu amoureux de l'homme et de la femme, lorsque les rôles contraignants de chaque sexe se trouvent inversés. Avant l'Histoire d'O de Pauline Réage, la femme que l'on tourmente et que l'on bat ne faisait que se conformer à sa nature d'objet. Il ne semble pas que dans Sade, d'autre part, les jeunes filles telles que Justine souhaitent autre chose que d'échapper à leur sort, et quand elles y sont soumises, elles n'excitent que la pitié (ou l'excitation pour les sadiques), mais en aucun cas la réprobation ou le mépris.
Elles ne sont que victimes, exclusivement victimes. Elles ne jouissent pas, du moins dans les actes empreints de cruauté. Tandis que la femme qui jouit, chez Sade, se charge de virilité, prend la place et le rôle de l'homme, fouettant, déchirant, ou du moins se faisant son complice par des manèges de rabattage ou de perversion. Mais je le répète, jusqu'à ce que l'auteur d'Histoire d'O ait imaginé que la femme ait pu jouir des mauvais traitement mêmes (et non simplement de ses préparatifs, de ses hors-d'œvres), nul ne voyait dans la femme soumise autre chose que l'accomplissement de la prétendue nature même de la femme, inscrite de toute éternité dans sa chair, chair de soumission. Encore y a-t-il dans Histoire d'O bien moins de souffrance proprement dite que de mise en scène, de représentation ; de présentation de la souffrance, au sens où il faut que ce soit « bien présenté ».
Cela va même moins loin que Sacher-Masoch, qui nous présente la chose sans la moindre atténuation. Les sadiques raffinés, les masochistes de salon, ne mettraient pas à ce point la main à la pâte. Cependant, Sacher-Masoch évolue dans le cadre d'un grand raffinement aristocratique ou de grands bourgeois éminemment désœuvrés. Il est d'ailleurs très révélateur et la suite patate ben je l'ai oubliée.
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