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Hargneries diverses

En vérité, s'il y a une partie des programmes de français que je voue aux gémonies, c'est bien leur fameux “persuader et convaincre”. Il n'y a si crétine affirmation qui ne puisse se démontrer avec des arguments parfaitement valables, on peut même vous démontrer en agitant les manches que les Juifs ont tué Dieu ou qu'une ligne courbe est droite (il suffit de la considérer point par point, ou vue de haut, ou considérée par rapport à la curvité : elle est courbe par raport à la curvité, donc elle est droite. Tout se démontre. On voit des cours se déjuger, on voit bientôt Papon plaider devant la Cour des droits de l'homme, et il se trouve même des professionnels pour s'apitoyer sur le traitement dégradant infligé à Saddam Hussein. Et les gosses kurdes liquidés par les gaz, ils n'en ont pas eu, de traitement dégradant ? Moyennant quoi, en allant bien fouiller dans n'importe quoi, on va vous trouver une thèse à défendre.

Exemple : mon nez ressemble à une bite, je ne porte pas de cache-sexe au nez, donc attentat à la pudeur. J'ai regardé une femme de travers, allez hop, harcèlement. Je l'ai bousculée dans le métro, allez re-hop, attentat à la pudeur, tentative de viol. En Angleterre c'est carrément quand vous avez un comportement, une allure suce-pète que vous êtes susceptible de vous faire embarquer. Je vais t'en foutre moi du droit. Justice partout, justice nulle part. Je connais une boulangerie qui marche du feu de dieu, elle s'appelle “Le four”. Mais comme elle est “Rue de la Juiverie”, allez hop ! Je te fait attaquer ça en vitesse pour antisémitisme et incitation à la haine raciale, et voilà vingt personnes à la rue, dont cinq juifs qui ne pensaient pas à mal. Le dédain, le mépris, la déconsidération, l'écoeurement que j'éprouve face à de certains mesquins ras du cul m'écoeurent moi-même. C'est malsain, le mépris ; ça vous laisse la langue toute fielleuse, le rectum tout mélancolique. On a l'impression de se salir soi-même en éprouvant le mépris.

Un peu la même chose que lorsqu'on en vient à considérer quels sont les enfoirés qui réussissent, avec leurs nègres et leurs euros, alors qu'on est en train de trimer dans le mépris des autres. Tiens je termine sur Chateaubriant : le mépris est une denrée rare, qu'il ne faut utiliser qu'avec parcimonie, vu le grand nombre de nécessiteux. Souhaitons de tout coeur mes chers amis, que notre journal survive et torde le cou à l'hydre, rebellons-nous comme un vulgaire mortel contre la mort, afin de ne pas finir, non, jamais, ce serait trop répugnant, trop épouvantant, trop hideux, trop dégoulinant, trop mollardier, trop sanieux, trop charognard, trop dégoulinant de tripes, trop vomitif, de ne pas s'ensevelir tout palpitant de spasmes vomitifs dans un trop SOT TOMBEAU. J'oubliais ceux qui l'avaient bien dit, qui l'avaient bien prévu, qu'il ne fallait pas employer “ce gars-là”, mais qui, bizarre ! bizarre ! quelques années auparavant, disaient pis que pendre de Roger, Marc et les autres, en les traitant de cons, comme quoi ils excitaient les féroces auteurs contre les gentils éditeurs, alors que ces derniers n'est-ce pas prenaient des risques financiers, et que si ma foi telle revue disparaissait du paysage revuique, eh bien ce ne serait pas si mal, et que je ferais aussi bien de ne pas me compromettre avec ces minables, alors que je valais bien mieux que ça – “je leur avais bien dit” ? Ah putain Tartuffe, Tartuffe, crevons tous...

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