06.02.2009

Je vous en ressers, du Sidoine...

Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont successeur d'Ecdicius son beau-frère, naquit non dans la neige civique (devant bien plus un jour concentrer sur son front les reflets de la pourpre impériale) mais dans le moule, usé jusqu'à la transparence, du berceau littéraire. Tandis que Rome exténuée cherchait de quel côté tomber. Sidoine à 37 ans s'aperçut enfin (c'était en ce temps l'âge mûr) de la fin de sa propre civilisation, ce que nous verrons de nos yeux ; se réfugia, s'effondra palpitant de reconnaissance dans les bras de l'Alma Mater Ecclesiastica, seule garante d'éternité : le voici évêque. Je fus aussi cet homme, courant au professorat dans les pas de son père, formant et déformant à mon tour mes disciples ; ma langue rejoindra latin, grec et gothique, sur la couche des suicidées. Puisse mon ultima cogitatio (vel nugae ?) s'accommoder aux étudiants de de ces temps futurs, lettrés auxquels nulle place ne sera faite. 
Voué à l'inachèvement je compte à ce jour plus de soixante années, refusant toute borne à vivre ou écrire ; Sidoine s'éteignit vers 486, à 55 ans. Tous nos grands hommes sont de jeunes morts. Fût-on le premier littérateur de son temps (statue d'or au Sénat), l'on n'en crevait pas moins à l'âge où je commence à vivre. J'ai longtemps estimé de la dernière décadence et sottise de choir dans le christianisme : Cioran rappelle ce philosophe qui s'enfuit d'Alexandrie le jour où il entendit une prière chrétienne s'élever du Sérapeum d'Alexandrie ; début de l'obscur et du con : c'est une relecture de Sidoine qui servira de fil rouge à nos propos. Nous utiliserons la traduction de Pierre Loyen, aux éditions Budé, . Nous lirons aussi le « Sidoine Apollinaire » d'Anglade, chez Horvath. Lorsque Sidoine est élevé, par le suffrage du peuple ( vox populi...) aux dignités épiscopales, il traîne un lourd passé de littérateur. 
Il s'est laissé convaincre de quitter Papianilla, son épouse, chacun entrant de son côté dans les ordres. De répudier aussi (plus grave) Pline, Virgile et Cicéron, ses modèles, pour ne plus parler que de Jérôme en sa Vulgate : tel fut soudain son vivier, avec autant de lèche-culterie conformiste au service de Dieu qu'à celui des Muses. Prose épiscopale plus détestable encore s'il se peut que ses vers ! il y règne plus que jamais, à pleins tuyaux, une affectation forcenée - ce qu'on appelle en psychiatrie le « maniérisme ». Pour le surpasser dans ce répugnant domaine il n'est qu'Augustin, qui jouit jusqu'au dégueulis de rappeler son statut de misérable sous-merde pécheresse. Rien qui donne en vérité davantage envie de vomir que cette ignoble phrase ouvrant désormais la messe : « Pardonnez-nous mon Dieu parce que nous sommes pécheurs » - n'est-il donc pas concevable de se présenter devant son Créateur la tête haute ? la religion chrétienne me dégoûte, dans la mesure exacte où elle dégrade la dignité de l'homme.

Sidoine Apollinaire n'est pas descendu si bas dans les nauséabondes latrines du masochisme chrétien. Il s'est en revanche vigoureusement, virilement élevé contre la livraison (le mot n'est pas trop fort) de son Auvergne aux Barbares d'Euric, souverain des Wisigoths, qui avait pour cela assassiné son frère. Nous aussi nous plierons un jour en jouissant sous eux.

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