25.01.2009
Egypte au logis
Lorsque j'empruntai Le rêve de pierre de Khéops de Guy Rachet à la feue bibliothèque municipale de Mérignac dans le rayon « grands caractères », choisi parce qu'il était juste à droite en entrant, l'employée bonne âme ne manqua pas de me faire observer qu'il s'agissait du tome II du Roman des pyramides. Je répondis que cela ne faisait rien, que je comprendrais tout, et pensais in petto que j'en aurais toujours bien assez, que ce genre de reconstitution historique est bon pour les vieilles et ne récèle guère de surprise : je ne me trompais guère, ayant déjà lu du Christian Jacq. Guy Rachet au moins ne fait pas dans l'eau de rose sentimentale, question amourettes ou sentiments humanistes décalés (de trois ou quatre mille ans pour faire court).
Mais il écrit moins bien, laissant passer des « bien qu'il était » et «quoiqu'ils pensèrent » - cependant c'est rare, et ce tome II peut se lire sans foulage de méninges grammaticales. Le pétage de tête ne se lève que progressivement. Au début, le lecteur suit. Il n'a pas lu le tome précédent, mais peu importe : le prince héritier se rend en Phénicie pour faire couper du bois, ayant besoin de renouveler sa flotte de guerre. Des messagers envoyés vers lui se font assassiner, lui-même manque être estourbi, mais la femme étrangère dont il est tombé amoureux lui sauve la vie, puis il rentre en Egypte, retrouver ses trois épouses (la nouvelle sera la quatrième, ce qui permet de jouer aux quatre coins ), bref, la routine.
Le roman fait la part belle aux séquences descriptives, funérailles et mariage par exemple, types humains, habillements. Le langage des Egyptiens ou des Syriens ne manque pas de noblesse et de vraisemblance, ce qui est difficile comme le reconnaît Marguerite Yourcenar à propos de ses Mémoires d'Hadrien. L'auteur est passionné, documenté, car il serait impossible de composer sur un tel arrière-plan. Nous restons dans le domaine du plausible. Mais le casse-tête se forme et s'amplifie dès lors qu'on tient compte des fils de lits différents, des belles-sœurs, des beaux-parents (multipliés par quatre), et que tous ces fils et beaux-frères peuvent se révéler rivaux pour une succession à peine ouverte.
Rien que de très classique on le voit. De l'honnête, du solidement charpenté. Pas la moindre surprise. Les prêtres, les soldats, les aristocrates, les complots. Les invraisemblances aussi, style Cigares du pharaon (l'épouse de Khéops se faufilant la nuit dans le temple et surprenant une réunion de conjurés, manquant se faire trucider à la hache, c'est du Blake et Mortimer... J'ai eu l'impression très vite, malgré tous les efforts de l'auteur pour que le lecteur ne s'égare pas, répétitions, lenteurs des explications, de perdre pied parmi tous ces personnages faiblement différenciés avec des noms à coucher dehors (ne pourrait-on pas les traduire ?), puis d'en être réduit à feuilleter en quelque sorte un livre d'images attendues, distraitement. Aucune réflexion sur le temps passé ne m'a effleuré, ni sur la passion de l'égyptologie, ni sur l'immmobilisme (très apparent) de cette civilisation. Juste la remarque suivante : en Egypte, ce qui fascine, ce sont les données elles-mêmes, la documentation en soi. Vie quotidienne, philosophie, phénomène de permanence : littérature, plastique figées, religion immuable, à quelques convulsions près. Il m'étonnerait beaucoup que nous disposassions de révélations exceptionnelles concernant les crises de palais ou les intrigues familiales de cette très ancienne dynastie.
Ce qui gêne donc, c'est la reconstitution de ces intrigues, comme très probables, mais vraisemblablement très romancées. A quoi ressemblaient les vies privées de tous ces personnages ? N'étaient-ils pas hantés par l'idée de la mort et de l'éternité ? L'amour entre un homme et une femme pouvait-il se manifester ? Est-ce qu'on en avait la moindre idée ?
11:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Visitez la maison de Champollion à Figeac. Il y a aussi au Musée de Limoges un petit tombeau magnifique...
Ecrit par : coldefy | 31.01.2009
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