19.01.2009
Musicologie, ou Musique au logis
"C'est ainsi qu'EliasTheobald Fels, embrassant quatre siècles de musique, de 1590 à nos jours, plus qu'un trait d'union, figure le pont suspendu entre la Renaissance Italienne et la Nouvelle Renaissance que les esprits éclairés de notre temps s'efforcent de susciter. [applaudissements nourris]. "Ainsi, Mesdames, Messieurs, Monsieur l'Abbé, Elias Fels, ce grand homme, avait encore un pied dans le Moyen Age, tandis que de l'autre il saluait déjà l'aube d'une ère nouvelle." [vifs applaudissements – rappels – intense émotion – des larmes coulent]
Un second avant-propos, sans doute postérieur au premier, présupposait chez le lecteur une indifférence, voire une hostilité, qu'il s'agissait d'épointer. "Le lecteur sans pitié", commençais-je, "lit pour s'instruire. Quinteux, l'œil torve, il considère sans aménité le jeune Elias : cheveux blonds en copeaux, frais, le regard vif ; plus tard, le ventre lourd ; le verbe haut, et prisant dru : vieilli, rhumatisant, gravissant d'un pas lent ses derniers échelons, séduira-t-il davantage ? (...) Tu liras, comme tu le crains, des épisodes vertueux, mais aussi du pathos (...) - et moi de poursuivre :
"Tandis que les paysans meurent de faim autour du château, notre compositeur aligne ses ritournelles à faire pâmer les marquises. Que si les marquises t'indisposent, il te faudra brûler Haydn, qui composa pour les Esterhàzy ; Haendel, qui composa pour les puissants de Londres ; brûler Mozart, pour l'évêque de Salzbourg. Baptisé le 5 mars 1714 ... mais avant tout nous le verrons mourir : cela satisfera ton goût du document."
J'ajoutais qu'il suffirait alors, éventuellement, de refermer le livre...
L'histoire commençait donc par la mort du héros, dans le même style qe précédemment : le compositeur Elias Fels, âgé de 71 ans et couvert d'honneurs, gravissait péniblement l'escalier en colimaçon, comme il se doit, menant au buffet d'orgues de la Jakobikirche de Lübeck. Son aide, un jeune garçon, le précédait dans cette redoutable ascension, où le vieil homme s'essoufflait. Le ton de mon ouvrage était fort sérieux, et l'ironie, car il y en avait, ne transpirait qu'à peine. Toujours est-il que l'acolyte gagnait la soufflerie, d'où il pédalerait comme un damné, dans une cage d'écureuil peut-être, d'où je m'imaginais que partait l'air destiné aux tuyaux : je ne m'étais pas documenté, estimant que la documentation prendrait alors le pas sur la narration (je pensais qu'il était de la première importance, pour un écrivain, de narrer).
Le maître Elias Fels descendait s'installer aux claviers, maniait les tirasses, et se lâchait dans un grand jeu ébouriffant. Et j'enchaînais les métaphores, transposant tant bien que mal mes impressions musicales en termes littéraires. Soudain, une délirante cacophonie se déclenchait sous les voûtes de la Jakobikirche. L'assistant se précipitait : toutes les notes se chevauchaient, sonnant à la fois.
22:38 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Ecrire un commentaire