31.12.2008
Corinne Bouchard
CORINNE BOUCHARD "SCENES DE LA VIE CHARANCONNE"
Ce livre en fait ne m'a pas fait rire. Ma collègue, qui me l'a offert comme la Bible, s'est bien poilée : moi, non ! C'était plutôt l'effet Deschiens : tellement ça, tellement ressemblant, que tu as du mal à déglutir. Tu ris jaune, tu te désespères. Car le rouleau compresseur est en marche : on a décidé d'avoir la peau de l'Education Nationale, que dis-je, de l'instruction tout court. On dénigre, on dénigre, personne ne veut plus rien faire et on dénigre encore plus. Je lis encore dans Télérama que chaque année, l'Education Nationale laissse sur le carreau je ne sais plus combien de dizaine de milliers de jeunes sans diplôme.
Tas de lâches, c'est vous qui tapez sur la transmission des savoirs, et qui ensuite daubez sur la perte desdits savoirs. Hypocrites. Il paraît que tout se vaut ; que l'on peut fort bien être une nullité en littérature, et se révéler génial dans la vente des T-Shirts . Soit, je suis entièrement d'accord. Mais là où je ne le suis plus, c'est quand on décide de créer un bac "T-Shirt" avec épreuve de français et trois langues vivantes, alors qu'on ferait tout aussi bien d'en revenir à l'ancien système de pensée, à savoir qu'il y a des gens qui passent le bac, d'un vrai niveau de bac, et d'autres qui vendent des chemises, sans idée de supériorité d'un homme sur l'autre.
La culture littéraire, musicale (je ne sais pas jouer de l'orgue, ni de la clarinette), picturale (je ne sais pas tenir un pinceau), ce n'est pas pour tous les hommes. Savoir vendre des chemises, non plus : si je tenais un stand à la foire ou un rayon de magasin, je me ferais tout voler ou enfoncer dans le cul avec des boutons qui déchirent. A chacun sa spécialité, sa science, son pied. Qu'on cesse de hurler ou de couiner au fascisme dès qu'on émet de simples vérités de bon sens. Quant à moi, je sais que tout gouvernement, de gauche comme de droite, n'a en vue qu'une seule chose : que les élèves en apprennent le moins possible, et qu'on en finisse avec cette oppression du savoir.
Nous venons encore de le voir : ceux qui feront des études devront travailler jusqu'à 65 à 70 ans. Bien fait pour leur gueule ! Petits prétentieux antidémocratiques qui voulez vous élever au-dessus du Français moyen. Allez hop, à l'usine les intellos ! La gauche on vous dit ! Mao même carrément ! Je vous quitte, je vais déraper. Mais auparavant (chinois), une page de Corinne Bouchard, qui m'a transporté d'enthousiasme et de tristesse, et d'envie de lutter, toujours, toujours...
167, avant-dernière et blanche ; précédant toutefois ma note au crayon : fini le 08 03 2050, chef-d'oeuvre.Et la quatrième de couverture donc : "Je me l'étais pourtant bien juré. Plus jamais les questions pédagogiques. Que faire d'un sujet pareil ? Comme si, professeur, et depuis près de vingt ans exerçant ce beau métier, je ne savais pas que c'est une cause désespérée, que dans ce domaine rien ne sert à rien. Que si pertinente que soit l'argumentation, si humbles les suppliques, rien n'y fera. On a affaire à un rouleau compresseur. Ca discute pas, un rouleau compresseur, ça passe.
Le rouleau compresseur, c'est le courant de réformes qu'on a subies dans l'Education nationale une décennie durant, et dont chacun peut apprécier autour de lui le résultat : si quelqu'un trouve globalement la jeunesse mieux élevée, mieux instruite, plus citoyenne et plus honnête qu'auparavant, qu'il le fasse savoir, cette époque a besoin d'optimisme.
Précisons tout de suite un point important : je n'en ai pas après le monde, qui est ingouvernable ; je n'en ai pas après les "jeunes", ni en général ni en tant qu'élèves. J'en ai après le délire pédagogique organisé, après tout ce qui ajoute à la dureté des temps l'épouvantable fardeau de la sottise et de l'absurdité.
Signé C.B.
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30.12.2008
Résurrection brantômoise
Vous verrez, vous y parviendrez, à lire Brantôme :
Certains passages nous échappent sans doute, lors des évocations de souvenirs diplomatiques ; Brantôme savait parfaitement l'espagnol et s'est parfois trouvé mêlé aux intrigues madrilènes. Il nous décrit les fastes de certaines réceptions, mais Dieu merci ne se penche pas dans les arcanes des négociations proprement dites. Qu'importe ! Nous nous retrouvons vite impliqués dans d'autres étourdissantes histoires de falbalas et de cocufiages princiers. Si vous êtes conquis par mes modestes propos, et que sans entraînement vous vouliez vous plonger dans ces historiettes dégoulinantes de stupre et baignées des plus raffinés parfums, suivez mon conseil : d'abord, une page, lentement , puis une autre, le lendemain.
Exercez-vous. C'est comme la nage, comme Rabelais, ou Montaigne : on ne devient pas champion de tennis ou marathonien sans un entraînement progressif. Mais le jeu en vaut la chandelle, que Brantôme vous invite à tenir. Voulez-vous un exemple ?
Voici l'histoire d'une reine d'Ongrie, sans H, comme on disait alors ; quelques notes nous aideront aussi. Cette reine donne des fêtes fastueuses, aussi bien en France, car tous les nobles en Europe étaient comme cul et chemise. Lisons : « Ce fut elle qui, la premiere, encommença les grands feuz » - entendez « d'artifice » - « en nostre France, et en fit de grands sur de belles maisons et chasteaux, comme sur celluy de Follambray » - note 836 : « Le château de Follembray, non loin de Laon, fut habité par François Ier et par Henri II. Henri IV y traita avec Mayenne. » Texte : « ...belle et agreable maison que nos roys avoient fait bastir » - je vous épargne l'orthographe, il faudra vous y habituer aussi - « pour le deduict et plaisir de la chasse ; dont le roy en prist si grand despit » - des feux d'artifice, vilain jaloux - « qu'au bout de quelque temps il luy rendit bien son change, et s'en revancha sur la belle maison de Bains » - note 837 : « Binche, en Hainaut » - la ville des Gilles, pour ceux qui connaissent ; « cf. p. 192, n. 351 » - nous nous en garderons bien - « qu'on tenoit pour un miracle du monde, faisant honte, s'il faut dire ainsi, à tous autres beaux bastimens, et, que j'ay ouy dire à ceux qui l'ont vu en sa perfection aynsin, voyre aux sept miracles du monde, » - vous aurez compris “les sept merveilles » - « tant renommez de l'antiquité. Elle y festina l'empereur Charles » - Charles-Quint - «et toute sa court, lorsque son filz, le roi Philipes, passa d'Espaigne en Flandres pour le voir, où les magnifficences furent veues et faites en telles excellences et perfections qu'on n'a jamais parlé, de ce temps-là, que de las fiestas de Bains, » - « a : « les fêtes de Binche » - « disoient les Espaignols.
"Ainsi me souvient-il qu'au voyage de Bayonne, quelques grandes magnifficences qui se soient presentées, quelques courremens de bagues, combatz, mascarades, despenses » - note 838 : « Il y eut à l'arrivée à Bayonne de la reine Elisabeth (15 juin 1565) des fêtes splendides, des jeux de toutes sortes, tournois, courses de bagues, mascarades, comédies, etc. » - « n'estoient rien au pris de las fiestas de Bains, ce disoient aucuns » -traduisez « certains » - « vieux gentilzhommes espaignols qui les avoient veues, ainsi que je les ay pu voir dans un livre fait en espaignol exprès. Et puis bien dire que jamais n'a rien esté fait ni vu de plus beau, et n'en desplaise aux magnifficences romaines, representantes leurs jeux de jadis, ostés les combatz des gladiateurs et bestes sauvages ; mais, hors cela, les festes de Bains estoient plus belles, plus plaisantes, plus meslées et plus generalles. »
C'est là du grand style brantômois ; et rassurez-vous, les fêtes d'aujourd'hui sont également prélevées sur vos impôts, et vous en êtes aussi friands que les sujets royaux de ce temps-là.
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28.12.2008
Elias Fels, zweimal
"Et voici qu'il y a trois mois, une nouvelle révélation s'est faite; Karlheinz Stockhausen, qui parmi les premiers a étudié Fels, a exprimé sa stupéaction d'y retrouver, avec deux siècles d'avance, des formules que seul Stravinsky eut l'audace d'appliquer : structures poly- et atonales, emploi percutant des percussions – sans pour autant désvouer une tradition directement puisée dans le giron schützéen.
"C'est ainsi qu'Elias-Theobald Fels, embrassant quatre siècles de musique, de 1590 à nos jours, plus qu'un trait d'union, figure le pont suspendu entre la Renaissance Italienne et la Nouvelle Renaissance que les esprits éclairés de notre temps s'efforcent de susciter. [applaudissements nourris].
"Ainsi, Mesdames, Messieurs, Monsieur l'Abbé, Elias Fels, ce grand homme, avait encore un pied dans le Moyen Age, tandis que de l'autre il saluait déjà l'aube d'une ère nouvelle." [vifs applaudissements – rappels – intense émotion – des larmes coulent]
Un second avant-propos, sans doute postérieur au premier, présupposait chez le lecteur une indifférence, voire une hostilité, qu'il s'agissait d'épointer. "Le lecteur sans pitié", commençais-je, "lit pour s'instruire. Quinteux, l'œil torve, il considère sans aménité le jeune Elias : cheveux blonds en copeaux, frais, le regard vif ; plus tard, le ventre lourd; le verbe haut, et prisant dru : vieilli, rhumatisant, gravissant d'un pas lent ses derniers échelons, séduira-t-il davantage ? (...) Tu liras, comme tu le crains, des épisodes vertueux, mais aussi du pathos (...) - et moi de poursuivre :
"Tandis que les paysans meurent de faim autour du château, notre compositeur aligne ses ritournelles à faire pâmer les marquises. Que si les marquises t'indisposent, il te faudra brûler Haydn, qui composa pour les Esterhàzy ; Haendel, qui composa pour les puissants de Londres ; brûler Mozart, pour l'évêque de Salzbourg. Baptisé le 5 mars 1714 ... mais avant tout nous le verrons mourir : cela satisfera ton goût du document."
J'ajoutais qu'il suffirait alors, éventuellement, de refermer le livre...
L'histoire commençait donc par la mort du héros, dans le même style qe précédemment : le compositeur Elias Fels, âgé de 71 ans et couvert d'honneurs, gravissait péniblement l'escalier en colimaçon, comme il se doit, menant au buffet d'orgues de la Jakobikirche de Lübeck. Son aide, un jeune garçon, le précédait dans cette redoutable ascension, où le vieil homme s'essoufflait. Le ton de mon ouvrage était fort sérieux, et l'ironie, car il y en avait, ne transpirait qu'à peine. Toujours est-il que l'acolyte gagnait la soufflerie, d'où il pédalerait comme un damné, dans une cage d'écureuil peut-être, d'où je m'imaginais que partait l'air destiné aux tuyaux : je ne m'étais pas documenté, estimant que la documentation prendrait alors le pas sur la narration (je pensais qu'il était de la première importance, pour un écrivain, de narrer).
Le maître Elias Fels descendait s'installer aux claviers, maniait les tirasses, et se lâchait dans un grand jeu ébouriffant. Et j'enchaînais les métaphores, transposant tant bien que mal les impressions musicales en termes littéraires. Soudain, une délirante cacophonie se déclenchait sous les voûtes de la Jakobikirche. L'assistant se précipitait : toutes les notes se chevauchaient, sonnant à la fois. Le chapitre se présente comme suit, dans sa flamboyante maladresse (Fortsetzung folgt)
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26.12.2008
Moins incohérent qu'il n'y paraît ?
Je n'y comprends rien ; ça donne : "(...) fallacieux et que j'ai déjà tant souffert, en vain, que je ne veux plus, car j'exige, comme un con, mon retour sur investissement. Tant d'autres sur ma vie, superencombrée. Un livre sur un camionneur fou de Lech Walesa . Qu'est-ce qu'un camionneur ? Un « langage camionneur » ? qui suis-je pour franchir pareil brasier ? Mes gestes, mes propos, faux, ni Whitman ni Vissotsky. Trop couënneux sur les joues Walesa, huit enfants, trop catho, substitution du catéchisme obligatoire à son interdiction, moi, je devrais aller plus profond direction la mort, sans le laisser traîner, je ne sais pas composer, je ne veux pas composer. Un voyage à Amsterdam pour une lecture si tu loges chez des amis. Hôtels à 120 € la nuit non merci. Je me fous de cette Nathalie Quintane origine hongroise ou pas. Qui est belle, qui bouge, qui se triture le clite et s'engloutit sa bite. La veine d'être femme. ...pour une lecture si je ne suis pas forcée d'allonger les billets. Tiens ! une pauvre... ma tête qui se prend... la mort et la folie, redormir, la pluie, l'enfermement, l'eau métallique des radiateurs, ma mission en filoche...
La publication de mes pièces radiophoniques parce que mon éditeur m'a dit qu'elles étaient bonnes – il faut connaître France Culture Nathalie, « connaître des gens ». C'est même à France Culture que je l'ai entendu. La féodalité mon pote. La projection d'un film de Max Ophüls. Mon corps nié qui tient trop de place et m'endort. Combien de fois je me suis endormi. Si longtemps. Uzun, uzun. Mon corps cède à tant d'écriture, mes yeux qui papillotent après deux heures d'écran, plus les nausées. Conservez tout. Finalement. Tout ce que j'ai écrit. Je vous promets que peu de choses feront mal, je me suis tant retenu. La folie si j'écrivais en vrai, avec mon sang, je ne serais pas si certain de la vaincre. C'est bien plutôt la multiplicité des langues qui me fascine ; en turc, en hongrois. Penitentziagité, tel est mon personnage, de toutes les langues et d'aucune, début et fin de toutes langues, Ur- und Nachsprache, perspective eschatologique, je l'ai placé, à mes classes de troisième – il s'agit de la projection d'Ophüls.
Anche tu proffessora. Sœur de souffrance et d'insuffisance. La connerie qui toujours relève la tête. Se remonter à la manivelle. Ne pas renier. Tâcher de me remettre à faire de la cuisine. Ça non. Jamais. Obscénité de ces goûteurs de plats, jurés de CAP « cuisine », avec des spasmes gâteux de papilles. Je suis épidermique. Et papillaire. Mépris automatique au bord des lèvres. Passer voir Jeanne Gailhoustet à Angoulême – c'est qui ? - lors de mon séjour à Périgueux pour le festival de poésie en juillet 02, parce qu'elle m'a remarquablement accueillie lors de son atelier sur la carte postale... que j'ai donné à l'école des Beaux-Arts – la suite parle d'amour (entre femmes ?)
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24.12.2008
Renaud Séchan
Hourra l'Oural : Allusion au titre du livre « Hourra l'Oural »de Louis Aragon, en 1934. Ne pas confondre (j'en rajoute) avec «L'Europe, de l'Atlantique à l'Oural » du général De Gaulle, homme de gauche comme chacun sait. Ne pas oublier non plus que le visqueux Aragon a toujours trouvé excellent tout ce qui venait du stalinisme, jusqu'à en écrire un poème hymnique à la Guépéou, qui était la police secrète stalinienne. Et puisque je divague, laissez-moi vous rappeler le comble de la volupté sous Staline : c'est d'être éveillé par de violents coups de bottes dans sa porte à cinq heures du matin, d'apercevoir trois mecs en gabardine et deux flics avec des mitraillettes. D'entendre la question C'est bien ici qu'habite Mikhaïl Andréïévitch Popov ? et de répondre, tandis qu'une immonde diarrhée de soulagement s'écoule sur vos mollets : Non, c'est l'étage au-dessus.
Wa putaing cong, mes glandes... Elle est vieille, mais irrésistible. On reprend ! Hugues offrait, du verbe offrir ! Ce jeu de mots à la con de Renaud figure dans Chanson dégueulasse – avec le refrain Ma chanson n'lui a pas plu / N'en parlons plus – je crois - « pour épingler Hugues Aufray, chanteur pas dans le même genre, mais qui fut provo à la hollandaise, dans les 65, avant de virer « bien vu par les mémés » - on te verra venir, Renaud. Huma (dans Son bleu, on ne les connaît pas toutes, ses chansons !) - Abréviation de « L'Humanité » - faut tout leur apprendre, à ces petits jeunes, c'est vrai, mêmes les gamins d'aujourd'hui aiment Renaud, même ses chansoins anciennes, il faut leur rappeler d'où ils viennent, il y a eu des tas de jeunes avant eux, des révolutionnaires, même, voir ce journal fondé par jean Jaurès, qui n'aurait certainement pas été copain avec Sarkozy !
Il faut remettre les pendules à leur place, comme disait Johnny. Ce quotidien fut l'organe du parti Socialiste jusqu'au congrès de Tours en 1920, puis du parti Communiste. Quant à l'article suivant, Hydrocéphale, dans Welcome Gorby, il rappelle qu'il n'y a pas que l'argot à nécessiter des explications, mais aussi le langage soutenu, et qu'un véritable révolutionnaire doit savoir aussi bien manier la langue verte que les expressions savantes, ce qui permet d'ailleurs de jolis voisinages percutants : Augmentation du volume du liquide céphalorachidien (non, pas « c'est salaud, Rachid, viens ! » ) provoquant une dilatation des ventricules cérébraux et parfois une augmentation du volume du crâne. En clair, Renaud compare les chanteurs français aux Martiens de « Mars attacks », de Tim Burton, l'intelligence en moins. Et c'est ainsi que nous abordons la lettre I comme Intelligence.
I'm a poor lonesome – d'autres expressions avec « I » en anglais figurent, elles, à la fin de la même lettre. Je me demande quel est le couillon qui a révisé le bouquin. C'est moi. Au temps pour moi (« au temps », comme les temps d'un mouvement militaire, un «reposez - armes !» par exemple ; les crosses doivent retomber sur le même temps : « au temps pour les crosses ! ») - bref, ma gueule.
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23.12.2008
Bastide, noch ein Mal
Comment cela s'apprend-il ? Certainement pas dans le manuel du parfait écrivain qui vend. Lequel manuel ne se vendrait pas s'il disait sincèrement tout de go : “Vous ne deviendrez écrivain qu'en devenant vous-même et nous n'avons nulle recette à proposer.” Nul moyen de reconstituer en laboratoire ces charmants défauts de jeunesse (FRB a quarante-neuf ans) qui posent les premiers chapitres en total décalage avec le corpus central, ces attendrissements fiers sur ce jeune sous-officier d'après-guerre qui mène à la baguette son conservatoire fantôme de Sarrebruck tout en flirtant entre hommes et femmes, et ce style mouillé où les consonnes et la musique des voyelles composent ce qu'il est si convenu d'appeler le champagne français, métaphore si bien à sa place ici que nul bouffeur de hamburger d'outre-Atlantique ne s'est hasardé à le traduire.
Jusqu'à quand nous fera-t-on perdre les platitudes et lourdeurs d'un Philippe Labro pour de la littérature?
Et paf. (musique) – Et quel lyrisme. Démodé donc éternel. Désuet comme Properce, Tibulle et Catulle. Un hymne à la jeunesse, à l'innocence de l'Allemagne vaincue dépouillée du nazisme et retournée si vite à sa naïveté bon enfant du XIXe siècle ou du Werther de Goethe. Histoires de femmes aussi disais-je ? mais qu'importe l'anecdote puisque l'auteur aussi bien tisserait ses phrases froufroutantes et fermes sur tout sujet, pourvu qu'il tînt par quelque part à la musique... Une femme donc très jeune et qu'il emmène à Prague où jamais il ne parviendra, qu'il ne possède pas si c'est la fille de sonb ex-maîtresse aux jours précisément où il eût pu la féconder, jeune femme qu'il tue. Il se dénonce. Les gendarmes ne le croient pas. La jeune femme s'est enfuie de sa caravane. Et la musique, et la vie, continuent. Prenons le chapitre 7 où l'auteur se sent grippé, pris de tête, irresponsable en tourbillon et demi-fou.
Comment fait-il pour retrouver cette grâce ? “Une grippe de printemps. Une grande chaleur dans cet appartement romain. Trop de monde à la fois, dont je me dis que je vais les manquer, qu’ils vont me manquer, que je ne les verrai plus, que je n’aurai pas dit mon premier mot.” Voyez le décor éphémère : Rome, le salon, l'ivresse et le désir de paraître, et le thème du manque. Tous les thèmes précisément, musicaux, ici amorcés. Le vague et le pincement sous les mousselines du frivole.
Carottons encore, amis géologues ? P. 94, phrase 2 du § 2 :
"Le lieutenant t'a donné un ordre, non ?
- Je sais.
- Tiens, voici ton peloton.”
Quand je vous avais dit que c'était tragique. Et même, non politiquement correct. Voici un jeune homme chargé de la sale besogne : le commandement d'un peloton d'exécution. Il faut exécuter un officier nazi. Un SS. Qui est un homme. Admirable et salaud, surtout admirable, c'est François-Régis Bastide qui parle, ici inconscient de jeunesse et nous servant l'éternelle soupe du “faut-il tuer les salopards – ne le sommes-nous pas tous un peu” - bien sûr, FRB, de plus il se trouve que je suis contre la peine de mort, et que ce scrupule qui fut le tien – si c'est toi, si c'est bien toi ce jeune homme – t'honore de ne pas tout à fait vouloir la mort d'un homme, alors même que lui, en face, ne te raterait pas. Voilà ce qui fait la différence entre un nazi et un homme : ce dernier hésite et philosophe au moment de tuer la belle et fascinante vermine. Et Dieu me garde d'avoir à tuer pour vivre dans mon honneur.
Si l'on avait au moins emprisonné, sans les tuer, tous les nazis... Sans les tuer ! My God, nous serions submergés ! “Serions” ?
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21.12.2008
Plonsée dans le pageon
Le Livre du Zohar, ou Livre des Splendeurs, s'ouvre ex abrupto sur l'exégèse des premiers versets de la Genèse ; Meillet-Vendryes, in Grammaire comparée des langues classiques, s'achève de même, inversement, brusquement, par des considérations ponctuelles sur les démonstratifs du style indirect. Quant à moi, qui incongrument ici évoque Sidoine Apollinaire, j'emprunte à mes précieux prédécesseurs cet inconfort et ce point de détail, "membres délicats des enfants", artus infantum molles, que la neige du sol natal, nix civica, "la neige civique", "endurcit", durat. Ainsi parla maître Loyen, recteur de l'Académie de Poitiers, sur le vers 37 du Chant II, Carmen Secundum. Sidoine Apollinaire, second évêque de Clermont successeur d'Ecdicius son beau-frère, naquit non dans la neige civique (devant bien plus un jour concentrer sur son front les reflets de la pourpre impériale) mais dans le moule, usé jusqu'à la transparence, du berceau littéraire.
Tandis que Rome exténuée cherchait de quel côté tomber. Sidoine à 37 ans s'aperçut enfin (c'était en ce temps l'âge mûr) de la fin de sa propre civilisation, ce que nous verrons de nos yeux, se réfugia, s'effondra palpitant de reconnaissance dans les bras de l'Alma Mater Ecclesiastica, seule garante d'éternité : le voici évêque. Je fus aussi cet homme, courant au professorat dans les pas de son père, formant et déformant à mon tour mes disciples ; ma langue rejoindra latin, grec et gothique, sur la couche des suicidées. Puisse mon ultima cogitatio (vel nugae ?) s'accommoder aux étudiants de de ces temps futurs, lettrés auxquels nulle place ne sera faite. Voué à l'inachèvement je compte à ce jour soixante années, refusant toute borne à vivre ou écrire ; Sidoine s'éteignit vers 486, à 55 ans. Tous nos grands hommes sont de jeunes morts. Fût-on le premier littérateur de son temps (statue d'or au Sénat), l'on n'en crevait pas moins à l'âge où je commence à vivre.
J'ai longtemps estimé de la dernière décadence et sottise de choir dans le christianisme : Cioran rappelle ce philosophe qui s'enfuit d'Alexandrie le jour où il entendit une prière chrétienne s'élever du Sérapeum : début de l'obscur et du con : c'est une relecture de Sidoine qui servira de fil rouge à nos propos. Nous utiliserons la traduction de Pierre Loyen, aux éditions Budé, . Nous lirons aussi le « Sidoine Apollinaire » d'Anglade, chez Horvath. Lorsque Sidoine est élevé, par le suffrage du peuple ( vox populi...) aux dignités épiscopales, il traîne un lourd passé de littérateur. Il s'est laissé convaincre de quitter Papianilla, son épouse, chacun entrant de son côté dans les ordres. De répudier aussi (plus grave) Pline, Virgile et Cicéron, ses modèles, pour ne plus parler que de Jérôme en sa Vulgate : tel fut soudain son vivier, avec autant de lèche-culterie conformiste au service de Dieu qu'à celui des Muses. Prose épiscopale plus détestable encore s'il se peut que ses vers ! il y règne plus que jamais, à pleins tuyaux, une affectation forcenée - ce qu'on appelle en psychiatrie le « maniérisme ».
Pour le surpasser dans ce répugnant domaine il n'est qu'Augustin, qui jouit jusqu'au dégueulis de rappeler son statut de misérable sous-merde pécheresse.
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19.12.2008
Miscellanea
Pendant les pires crises, les conflits les plus barbares, les thèses se répondent, s'affrontent en allemand comme en latin ; le monde est à feu et à sang, les juifs brûlent, et de vieux égoïstes ignobles, grandioses, se passent eux-mêmes barbares, au-dessus des ruines et des charniers, disséquant les préciosités et les conjectures syntaxiques d'écrivains morts depuis des siècles, le flambeau même des cultures humaines. Erudits desséchés par l'âge et par le cœur, éternels rassis, gardiens monstrueux hors du monde, inclinés loupes en main et sur le crâne, dévorés de tics et de phlegmons contre les poêles fumants, marmonnant sous leur monocle leurs hexamètres anapestiques et ravagés de vieilles voluptés ; ce sont eux qui amendent, tandis que le monde agonise, restituent les textes de Cassiodore, Symmaque, Sidonius Apollinaire, au bout de la chaîne des temps, sous leurs pinces d'entomologues.
Ils ont pour nom Luetjohann, Mohr et Sirmont, Thilo. On les traite d'assis, de débris, de cadavres, Rimbaud leur entrelace les fesses de vieux fétus. Ils repoussent de la gueule, les antiques passeurs de relais, baisent peu, mais leurs gens révèrent profondément Herr Professor, sans imaginer pouvoir mettre en doute la grandiose nécessité de leurs immenses balivernes. Hommage, hommage éternel aux Teubner, aux Brakmann, aux pérennisateurs de la Prusse éternelle, garants de toutes les Survies aussi bien que complices de tous les massacres, sous la carapace de leurs cols durs et de leurs préventions. Honte et gloire éternelles, car au même titre que tous les reclus d'Eglise de Cork en Irlande à Byzance, qui des deux extrémités du monde romano-grec, à l'abri ou tombant sous les trombes barbares, ils ont sauvé le Verbe, déterminant chaque arsis et chaque hephthémimère, ici restituant une préposition, pressentant là telle désinence, tel optatif oblique ; aimantés sans recours par la lectio difficilior , la plus improbable, la plus difficile : quel vieux scribe en effet, égaré vers la fin de quelque Xe siècle, épuisé par le jeûne et les vigiles au sein d'un écritoire balayé par les vents, ne se fût laissé entraîner par la graphie la plus commune, ou le « saut du même au même », sources d'inextricables incompréhensibilités, où risquaient de sombrer un à un les raffinements de l'aède, lumière de son ère.
Vers brillants, coruscants, énigmatiques, déclamés dans le balancement des périodes. Poignante ampleur des civilisations drapées dans l'agonie. Ne croyez pas, modernes, naïfs, morveux contemporains, qu'il ait été réservé à notre siècle de concentrer tout le sel de la terre. Il ne te restera rien. Il y avait en ce temps-là un ciel, de l'air comme le nôtre, et par Sidoine ou d'autres tu en auras humé l'essence même. Qu'un beau jour tu doives crever, là se trouve ton unique grandeur.
X
Comment les hommes de ce temps voyaient-ils leurs courtes vies ? aimaient-ils leurs enfants autant et aussi bien que nous ? est-ce qu'on ligotait déjà les jambes des nourrissons dans l'illusion de les fortifier? J'ai sous les yeux l'ouvrage si complet d'Anglade, aux Editions Horvath : tout y commence sur un chariot, medias in res ; l'auteur est plus habile que moi. Songez encore aux épaisseurs d'Histoire : Octave Auguste était à la même distance des vivants que François Premier pour nous autres ; Constantin le Grand, fondateur du christianisme obligatoire, serait pour nous l'époque de Dreyfus. Au temps de la naissance de Sidoine, en 420, les Romains pouvaient encore se considérer comme éternels...
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17.12.2008
FRB
“Avec le temps”, le temps des vacances, va, tout s'en va, l'animateur de passage, entre un oral de bac et des vacances au bout du monde, part à Maubuisson – et le feuilleton Blattes, blattes aussi, abandonné peut-être aujourd'hui pour Blockhaus B, par ordre alphabétique. Et voyez-vous, aujourd'hui, pour honorer un récent disparu, nous nous entretiendrons d'une œuvre de François-Régis Bastide, La fantaisie du voyageur, aux éditions du Seuil, 1976 – on n'en sort pas, on ne s'en désenglue pas de ces années 70, années Giscard plus précisément, or François-Régis Bastide se donne en quatrième de couverture un front très giscardien, et c'est le ton, également, qui caractériserait le mieux les 320 pages de cette “fantaisie”. Tel est le nom en effet d'une composition musicale, qui va et vient en apparent désordre, mais en fait, et sans doute, ordonnée de main de maestro.
Or encore il se trouve que FRB est un grand musicien, fin interprète pianistique n'ayant jamais – nous dit-il – travaillé, mais toujours fonctionné à l'oreille, “à l'instinct”. C'est ce que lui a dit, tout jeune, une connaissance : “Tu as la musique en toi. Ne la fâche pas par les lourdeurs du travail, jamais, jamais!” Et, poursuit-il, “je tins parole “ - mais comment se fait-il que cet apparent pot-pourri valsique nous entraîne en tant de charmes, si véritablement sous la négligence ne se cache pas une organisation semblable aux véritables compositions musicales ? Je soupçonne cette œuvre ordonnée autour de deux femmes d'entremêler thèmes et variations avec la même exactitude qu'une fantaisie, justement, musicale. Et puis une deuxième leçon se dégage de ce petit miracle de bon goût sans caractère insupportable : Messieurs et Dames jeunes écrivains et vaines, sachez que le seul sujet qui vaille la peine est Soi. Ne craignez pas de nous infliger à nous autres inconnus vos états d'âme et vos errances de jeunesse, car nous avons eu les mêmes et vous nous enchanterez, à condition – c'est une restriction éliminant les 9/10 des canditdats – de posséder une langue aussi fluide, aussi souple qu'un envol d'arpèges avec renversements à la tierce augmentée.
Il faut du style. “Le style c'est l'homme.” “Il ne suffit pas d'être un homme, il faut être un système.” Et cela, peu savent le faire en demeurant naturel, dégagé, port de tête impeccable, épaules effacées, jambe allante. Et voilà pourquoi 95 fois sur 100 la femme s'emmerde en lisant – vos confessions sans grâce de cuistres enamourés d'eux-mêmes. Voilà pourquoi les conseilleurs conseillent, dans les innombrables manuels du parfait écrivain, de surtout se détourner de ses souvenirs propres qui ne concernent et n'intéressent personne. Ô médiocres, écrivez ce que vous voulez, sauf la seule chose qui mène aux sommets : Soi-Même. A moins de posséder, ce qui n'arrive qu'une fois, la grâce et la courbure élégamment lianeuse du grand François-Régis Bastide.
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12.12.2008
Le corps en saignant
Chers lecteurs, je vais à Digne quelque temps. Aucune idée pour ce soir, mais j'ai reçu cela. Il faut absolument que vous le lisiez.
Objet : L'école en 2012
>
> > Enzo est assis à sa place, parmi ses 42 camarades de CP. Il porte la
> > vieille blouse de son frère, éculée, tachée, un peu grande. Celle de
> > Jean-Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d'une
> > grande marque automobile.
> >
> > La maîtresse parle, mais il a du mal à l'entendre, du fond de la classe.
> > Trop de bruit. La maîtresse est une remplaçante, une dame en retraite
> > qui vient remplacer leur maîtresse en congés maternité. Il ne se
> > souvient pas plus de son nom qu'elle ne se souvient du sien.
> >
> > Sa maîtresse a fait la rentrée, il y a trois semaines, puis est partie
> > en congés. La vieille dame de 69 ans est là depuis lundi, elle est un
> > peu sourde, mais gentille. Plus gentille que l'intérimaire avant elle.
> > Il sentait le vin et criait fort. Puis il expliquait mal. Du coup Enzo
> > ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni dans
> > BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les
> > dates des croisades.
> >
> > On l'a mis sur la liste des élèves en difficulté, car il a raté sa
> > première évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30 pour le soutien. Sans
> > doute aussi aux vacances.
> >
> > Hier, il avait du mal à écouter la vieille dame, pendant le soutien ;
> > son ventre gargouillait. Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait
> > que du pain. Il l'a mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne
> > peuvent déjà plus payer la cantine. Il a commencé l'école l'an dernier,
> > à 6 ans. L'école maternelle n'est plus obligatoire, c'est un choix des
> > mairies, et la mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir
> > une école.
> >
> > Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l'école privée à 3
> > ans, mais ses parents ont dû payer. La sieste, l'accueil et le goûter
> > n'existent plus, place à la morale, à l'alphabet ; il faut vouvoyer les
> > adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à se taire, se débrouiller
> > seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel. Les
> > enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante à cinquante
> > élèves chacun comme une garderie.
> >
> > L'école privée en face a une vraie maternelle, mais seuls les riches y
> > ont accès. Mais Brice à moins de mal, malgré tout, à comprendre les
> > règles de l'école et ses leçons de CP.
> >
> > En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses parents ne
> > peuvent pas l'aider pour les devoirs, ils font trop d'heures
> > supplémentaires. Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin
> > Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux avant de venir
> > à l'école, pour aider son grand-père, qui n'a presque pas de retraite.
> >
> > Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son ami
> > Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le
> > directeur de l'école (un gendarme en retraite choisi par le maire) a
> > rentré le dossier de Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais.
> >
> > Enzo n'oubliera jamais son ami pleurant dans le fourgon de la police, à
> > côté de son père menotté. Il paraît qu'il n'avait pas de papiers...
> >
> > Enzo fait très attention : chaque matin il met du papier dans son
> > cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère
> >
> > Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a
> > besoin de lunettes. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut
> > payer l'assurance, et ses parents n'ont pas les moyens. L'an prochain
> > Enzo devra prendre le bus pour aller à l'école. Il devra se lever plus
> > tôt.. Et rentrer plus tard. L'EPEP (établissements publics
> > d'enseignement primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les CP
> > dans le village voisin, pour économiser un poste d'enseignant. Ils
> > seront 45 par classe. Que des garçons. Les filles sont dans une autre
> > école. Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son
> > grand frère Théo, en centre de préformation professionnelle. Peut-être
> > que les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à
> > apprendre par cour. Mais sa mère dit qu'il n'y a plus de travail, que ça
> > ne sert à rien. Le père d'Enzo a dû aller travailler en Roumanie,
> > l'usine est partie là-bas. Il ne l'a pas vu depuis des mois. La
> > délocalisation, ça s'appelle, à cause de la mondialisation. Pourtant la
> > vieille dame disait hier que c'est très bien, la mondialisation, que ça
> > apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !
> >
> > Il lui tarde d'être en récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune sœur de
> > maman. Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans
> > l'école, dans la classe de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques,
> > qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c'était un
> > syndicaliste qui faisait de la pédagogie.
> >
> > Il y avait aussi madame Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux
> > enfants avec des vrais livres ; un inspecteur venait régulièrement la
> > gronder ; elle a fini par démissionner. Cathy a les yeux cernés : le
> > soir elle est serveuse dans un café, car sa formation n'est pas payée.
> > Elle dit : « A 28 ans et un bac +5, servir des bières le soir et faire
> > la classe la journée, c'est épuisant. » Surtout qu'elle dort dans le
> > salon chez Enzo, elle n'a pas assez d'argent pour se payer un loyer.
> >
> > Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec
> > l'abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d'Arc et les dix
> > commandements par cœur. C'est lui qui organise le voyage scolaire à
> > Lourdes, à Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le soutien...
> >
> > Enzo se demande pourquoi il est là...
> >
> > Pourquoi Saïd a dû partir
> >
> > Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit.
> >
> > Pourquoi et comment les usines s'en vont en emportant le travail.
> >
> > Pourquoi ils sont si nombreux en classe.
> >
> > Pourquoi il n'a pas une maîtresse toute l'année.
> >
> > Pourquoi il devra prendre le bus.
> >
> > Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages
> >
> > Pourquoi on le punit ainsi.
> >
> > Pourquoi il n'a pas de lunettes.
> >
> > Pourquoi il a faim.
> >
> > Projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en cours
> > et les annonces du gouvernement trouvées sur le net'.
> >
> > Si vous ne voulez pas que vos enfants, petits-enfants, neveux, nièces,
> > petits voisins, ..., deviennent des copains de classe de ce petit Enzo,
> > faites suivre ce mail à votre carnet d'adresse ! Il faut que tout le
> > monde prenne conscience de ce qui les attend à plus ou moins court terme !
> >
> > Il faut que le ministère arrête de détruire l'Education Nationale !!!
> >
> > Merci pour eux.
> >
> > "Le monde sommeille par manque d'imprudence'' (Brel)
> >
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