31.12.2008

Corinne Bouchard

CORINNE BOUCHARD "SCENES DE LA VIE CHARANCONNE"



Ce livre en fait ne m'a pas fait rire. Ma collègue, qui me l'a offert comme la Bible, s'est bien poilée : moi, non ! C'était plutôt l'effet Deschiens : tellement ça, tellement ressemblant, que tu as du mal à déglutir. Tu ris jaune, tu te désespères. Car le rouleau compresseur est en marche : on a décidé d'avoir la peau de l'Education Nationale, que dis-je, de l'instruction tout court. On dénigre, on dénigre, personne ne veut plus rien faire et on dénigre encore plus. Je lis encore dans Télérama que chaque année, l'Education Nationale laissse sur le carreau je ne sais plus combien de dizaine de milliers de jeunes sans diplôme. 
Tas de lâches, c'est vous qui tapez sur la transmission des savoirs, et qui ensuite daubez sur la perte desdits savoirs. Hypocrites. Il paraît que tout se vaut ; que l'on peut fort bien être une nullité en littérature, et se révéler génial dans la vente des T-Shirts . Soit, je suis entièrement d'accord. Mais là où je ne le suis plus, c'est quand on décide de créer un bac "T-Shirt" avec épreuve de français et trois langues vivantes, alors qu'on ferait tout aussi bien d'en revenir à l'ancien système de pensée, à savoir qu'il y a des gens qui passent le bac, d'un vrai niveau de bac, et d'autres qui vendent des chemises, sans idée de supériorité d'un homme sur l'autre. 
La culture littéraire, musicale (je ne sais pas jouer de l'orgue, ni de la clarinette), picturale (je ne sais pas tenir un pinceau), ce n'est pas pour tous les hommes. Savoir vendre des chemises, non plus : si je tenais un stand à la foire ou un rayon de magasin, je me ferais tout voler ou enfoncer dans le cul avec des boutons qui déchirent. A chacun sa spécialité, sa science, son pied. Qu'on cesse de hurler ou de couiner au fascisme dès qu'on émet de simples vérités de bon sens. Quant à moi, je sais que tout gouvernement, de gauche comme de droite, n'a en vue qu'une seule chose : que les élèves en apprennent le moins possible, et qu'on en finisse avec cette oppression du savoir. 
Nous venons encore de le voir : ceux qui feront des études devront travailler jusqu'à 65 à 70 ans. Bien fait pour leur gueule ! Petits prétentieux antidémocratiques qui voulez vous élever au-dessus du Français moyen. Allez hop, à l'usine les intellos ! La gauche on vous dit ! Mao même carrément ! Je vous quitte, je vais déraper. Mais auparavant (chinois), une page de Corinne Bouchard, qui m'a transporté d'enthousiasme et de tristesse, et d'envie de lutter, toujours, toujours... 
167, avant-dernière et blanche ; précédant toutefois ma note au crayon : fini le 08 03 2050, chef-d'oeuvre.Et la quatrième de couverture donc : "Je me l'étais pourtant bien juré. Plus jamais les questions pédagogiques. Que faire d'un sujet pareil ? Comme si, professeur, et depuis près de vingt ans exerçant ce beau métier, je ne savais pas que c'est une cause désespérée, que dans ce domaine rien ne sert à rien. Que si pertinente que soit l'argumentation, si humbles les suppliques, rien n'y fera. On a affaire à un rouleau compresseur. Ca discute pas, un rouleau compresseur, ça passe. 
Le rouleau compresseur, c'est le courant de réformes qu'on a subies dans l'Education nationale une décennie durant, et dont chacun peut apprécier autour de lui le résultat : si quelqu'un trouve globalement la jeunesse mieux élevée, mieux instruite, plus citoyenne et plus honnête qu'auparavant, qu'il le fasse savoir, cette époque a besoin d'optimisme. 
Précisons tout de suite un point important : je n'en ai pas après le monde, qui est ingouvernable ; je n'en ai pas après les "jeunes", ni en général ni en tant qu'élèves. J'en ai après le délire pédagogique organisé, après tout ce qui ajoute à la dureté des temps l'épouvantable fardeau de la sottise et de l'absurdité.
Signé C.B.

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