30.12.2008
Résurrection brantômoise
Vous verrez, vous y parviendrez, à lire Brantôme :
Certains passages nous échappent sans doute, lors des évocations de souvenirs diplomatiques ; Brantôme savait parfaitement l'espagnol et s'est parfois trouvé mêlé aux intrigues madrilènes. Il nous décrit les fastes de certaines réceptions, mais Dieu merci ne se penche pas dans les arcanes des négociations proprement dites. Qu'importe ! Nous nous retrouvons vite impliqués dans d'autres étourdissantes histoires de falbalas et de cocufiages princiers. Si vous êtes conquis par mes modestes propos, et que sans entraînement vous vouliez vous plonger dans ces historiettes dégoulinantes de stupre et baignées des plus raffinés parfums, suivez mon conseil : d'abord, une page, lentement , puis une autre, le lendemain.
Exercez-vous. C'est comme la nage, comme Rabelais, ou Montaigne : on ne devient pas champion de tennis ou marathonien sans un entraînement progressif. Mais le jeu en vaut la chandelle, que Brantôme vous invite à tenir. Voulez-vous un exemple ?
Voici l'histoire d'une reine d'Ongrie, sans H, comme on disait alors ; quelques notes nous aideront aussi. Cette reine donne des fêtes fastueuses, aussi bien en France, car tous les nobles en Europe étaient comme cul et chemise. Lisons : « Ce fut elle qui, la premiere, encommença les grands feuz » - entendez « d'artifice » - « en nostre France, et en fit de grands sur de belles maisons et chasteaux, comme sur celluy de Follambray » - note 836 : « Le château de Follembray, non loin de Laon, fut habité par François Ier et par Henri II. Henri IV y traita avec Mayenne. » Texte : « ...belle et agreable maison que nos roys avoient fait bastir » - je vous épargne l'orthographe, il faudra vous y habituer aussi - « pour le deduict et plaisir de la chasse ; dont le roy en prist si grand despit » - des feux d'artifice, vilain jaloux - « qu'au bout de quelque temps il luy rendit bien son change, et s'en revancha sur la belle maison de Bains » - note 837 : « Binche, en Hainaut » - la ville des Gilles, pour ceux qui connaissent ; « cf. p. 192, n. 351 » - nous nous en garderons bien - « qu'on tenoit pour un miracle du monde, faisant honte, s'il faut dire ainsi, à tous autres beaux bastimens, et, que j'ay ouy dire à ceux qui l'ont vu en sa perfection aynsin, voyre aux sept miracles du monde, » - vous aurez compris “les sept merveilles » - « tant renommez de l'antiquité. Elle y festina l'empereur Charles » - Charles-Quint - «et toute sa court, lorsque son filz, le roi Philipes, passa d'Espaigne en Flandres pour le voir, où les magnifficences furent veues et faites en telles excellences et perfections qu'on n'a jamais parlé, de ce temps-là, que de las fiestas de Bains, » - « a : « les fêtes de Binche » - « disoient les Espaignols.
"Ainsi me souvient-il qu'au voyage de Bayonne, quelques grandes magnifficences qui se soient presentées, quelques courremens de bagues, combatz, mascarades, despenses » - note 838 : « Il y eut à l'arrivée à Bayonne de la reine Elisabeth (15 juin 1565) des fêtes splendides, des jeux de toutes sortes, tournois, courses de bagues, mascarades, comédies, etc. » - « n'estoient rien au pris de las fiestas de Bains, ce disoient aucuns » -traduisez « certains » - « vieux gentilzhommes espaignols qui les avoient veues, ainsi que je les ay pu voir dans un livre fait en espaignol exprès. Et puis bien dire que jamais n'a rien esté fait ni vu de plus beau, et n'en desplaise aux magnifficences romaines, representantes leurs jeux de jadis, ostés les combatz des gladiateurs et bestes sauvages ; mais, hors cela, les festes de Bains estoient plus belles, plus plaisantes, plus meslées et plus generalles. »
C'est là du grand style brantômois ; et rassurez-vous, les fêtes d'aujourd'hui sont également prélevées sur vos impôts, et vous en êtes aussi friands que les sujets royaux de ce temps-là.
12:46 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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