23.12.2008

Bastide, noch ein Mal

Comment cela s'apprend-il ? Certainement pas dans le manuel du parfait écrivain qui vend. Lequel manuel ne se vendrait pas s'il disait sincèrement tout de go : “Vous ne deviendrez écrivain qu'en devenant vous-même et nous n'avons nulle recette à proposer.” Nul moyen de reconstituer en laboratoire ces charmants défauts de jeunesse (FRB a quarante-neuf ans) qui posent les premiers chapitres en total décalage avec le corpus central, ces attendrissements fiers sur ce jeune sous-officier d'après-guerre qui mène à la baguette son conservatoire fantôme de Sarrebruck tout en flirtant entre hommes et femmes, et ce style mouillé où les consonnes et la musique des voyelles composent ce qu'il est si convenu d'appeler le champagne français, métaphore si bien à sa place ici que nul bouffeur de hamburger d'outre-Atlantique ne s'est hasardé à le traduire. 
Jusqu'à quand nous fera-t-on perdre les platitudes et lourdeurs d'un Philippe Labro pour de la littérature?

Et paf. (musique) – Et quel lyrisme. Démodé donc éternel. Désuet comme Properce, Tibulle et Catulle. Un hymne à la jeunesse, à l'innocence de l'Allemagne vaincue dépouillée du nazisme et retournée si vite à sa naïveté bon enfant du XIXe siècle ou du Werther de Goethe. Histoires de femmes aussi disais-je ? mais qu'importe l'anecdote puisque l'auteur aussi bien tisserait ses phrases froufroutantes et fermes sur tout sujet, pourvu qu'il tînt par quelque part à la musique... Une femme donc très jeune et qu'il emmène à Prague où jamais il ne parviendra, qu'il ne possède pas si c'est la fille de sonb ex-maîtresse aux jours précisément où il eût pu la féconder, jeune femme qu'il tue. Il se dénonce. Les gendarmes ne le croient pas. La jeune femme s'est enfuie de sa caravane. Et la musique, et la vie, continuent. Prenons le chapitre 7 où l'auteur se sent grippé, pris de tête, irresponsable en tourbillon et demi-fou.

Comment fait-il pour retrouver cette grâce ? “Une grippe de printemps. Une grande chaleur dans cet appartement romain. Trop de monde à la fois, dont je me dis que je vais les manquer, qu’ils vont me manquer, que je ne les verrai plus, que je n’aurai pas dit mon premier mot.” Voyez le décor éphémère : Rome, le salon, l'ivresse et le désir de paraître, et le thème du manque. Tous les thèmes précisément, musicaux, ici amorcés. Le vague et le pincement sous les mousselines du frivole.

Carottons encore, amis géologues ? P. 94, phrase 2 du § 2 :

"Le lieutenant t'a donné un ordre, non ?

- Je sais.
- Tiens, voici ton peloton.”
Quand je vous avais dit que c'était tragique. Et même, non politiquement correct. Voici un jeune homme chargé de la sale besogne : le commandement d'un peloton d'exécution. Il faut exécuter un officier nazi. Un SS. Qui est un homme. Admirable et salaud, surtout admirable, c'est François-Régis Bastide qui parle, ici inconscient de jeunesse et nous servant l'éternelle soupe du “faut-il tuer les salopards – ne le sommes-nous pas tous un peu” - bien sûr, FRB, de plus il se trouve que je suis contre la peine de mort, et que ce scrupule qui fut le tien – si c'est toi, si c'est bien toi ce jeune homme – t'honore de ne pas tout à fait vouloir la mort d'un homme, alors même que lui, en face, ne te raterait pas. Voilà ce qui fait la différence entre un nazi et un homme : ce dernier hésite et philosophe au moment de tuer la belle et fascinante vermine. Et Dieu me garde d'avoir à tuer pour vivre dans mon honneur.

Si l'on avait au moins emprisonné, sans les tuer, tous les nazis... Sans les tuer ! My God, nous serions submergés ! “Serions” ? 

Commentaires

Comment, tas d'abrutis ? Vous n'avez pas encore obtenu votre diplôme d'écrivain certifié ? Que fait la police !!!

Ecrit par : corlette | 28.12.2008

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