21.12.2008

Plonsée dans le pageon

Le Livre du Zohar, ou Livre des Splendeurs, s'ouvre ex abrupto sur l'exégèse des premiers versets de la Genèse ; Meillet-Vendryes, in Grammaire comparée des langues classiques, s'achève de même, inversement, brusquement, par des considérations ponctuelles sur les démonstratifs du style indirect. Quant à moi, qui incongrument ici évoque Sidoine Apollinaire, j'emprunte à mes précieux prédécesseurs cet inconfort et ce point de détail, "membres délicats des enfants", artus infantum molles, que la neige du sol natal, nix civica, "la neige civique", "endurcit", durat. Ainsi parla maître Loyen, recteur de l'Académie de Poitiers, sur le vers 37 du Chant II, Carmen Secundum. Sidoine Apollinaire, second évêque de Clermont successeur d'Ecdicius son beau-frère, naquit non dans la neige civique (devant bien plus un jour concentrer sur son front les reflets de la pourpre impériale) mais dans le moule, usé jusqu'à la transparence, du berceau littéraire.

Tandis que Rome exténuée cherchait de quel côté tomber. Sidoine à 37 ans s'aperçut enfin (c'était en ce temps l'âge mûr) de la fin de sa propre civilisation, ce que nous verrons de nos yeux, se réfugia, s'effondra palpitant de reconnaissance dans les bras de l'Alma Mater Ecclesiastica, seule garante d'éternité : le voici évêque. Je fus aussi cet homme, courant au professorat dans les pas de son père, formant et déformant à mon tour mes disciples ; ma langue rejoindra latin, grec et gothique, sur la couche des suicidées. Puisse mon ultima cogitatio (vel nugae ?) s'accommoder aux étudiants de de ces temps futurs, lettrés auxquels nulle place ne sera faite. Voué à l'inachèvement je compte à ce jour soixante années, refusant toute borne à vivre ou écrire ; Sidoine s'éteignit vers 486, à 55 ans. Tous nos grands hommes sont de jeunes morts. Fût-on le premier littérateur de son temps (statue d'or au Sénat), l'on n'en crevait pas moins à l'âge où je commence à vivre.

J'ai longtemps estimé de la dernière décadence et sottise de choir dans le christianisme : Cioran rappelle ce philosophe qui s'enfuit d'Alexandrie le jour où il entendit une prière chrétienne s'élever du Sérapeum : début de l'obscur et du con : c'est une relecture de Sidoine qui servira de fil rouge à nos propos. Nous utiliserons la traduction de Pierre Loyen, aux éditions Budé, . Nous lirons aussi le « Sidoine Apollinaire » d'Anglade, chez Horvath. Lorsque Sidoine est élevé, par le suffrage du peuple ( vox populi...) aux dignités épiscopales, il traîne un lourd passé de littérateur. Il s'est laissé convaincre de quitter Papianilla, son épouse, chacun entrant de son côté dans les ordres. De répudier aussi (plus grave) Pline, Virgile et Cicéron, ses modèles, pour ne plus parler que de Jérôme en sa Vulgate : tel fut soudain son vivier, avec autant de lèche-culterie conformiste au service de Dieu qu'à celui des Muses. Prose épiscopale plus détestable encore s'il se peut que ses vers ! il y règne plus que jamais, à pleins tuyaux, une affectation forcenée - ce qu'on appelle en psychiatrie le « maniérisme ».

Pour le surpasser dans ce répugnant domaine il n'est qu'Augustin, qui jouit jusqu'au dégueulis de rappeler son statut de misérable sous-merde pécheresse.

Commentaires

"Le Zohar" veut dire "Le livre des splendeurs". En vente chez Mollat de Bordeauxxe...

Ecrit par : Buju | 24.12.2008

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