30.11.2008
Hugo, moi-même... quelle fécondité !
Ce ne sont pas Les Châtiments eux-mêmes qui se trouvent ici commentés, mais des commentaires pédagogiques, rassemblés dans le volume « Balises – Bac 2000 ». Vous dire d'abord l'exaspération lasse à reparcourir ces interminables gloses, ces propos de professeurs exsangues qui se battent les flancs et s'époumonent à trouver des choses à dire, jusqu'à la niaiserie, jusqu'aux lapalissades, tournant et retournant dans tous les sens l'exégèse, donnant pour finir la conviction que tout peut être dit sur n'importe quoi en n'importe quel sens. Je me trompe bien sûr, mais j'éprouve la même sensation qu'un homme qui voudrait se forcer à dormie, le matin, alors qu'il aimerait s'éveiller pour une vie active. Les Châtiments, c'était le programme de l'an 2000, et nous sommes en 2007. J'ai lu et relu l'œuvre, fait et refait des cours, avec plans, paragraphes et conclusions précuites.
Le sort veut que je m'y remette ? Courage. « Pouvoir tout dire donc, de manière à rendre le monde enfin transparent : ce n'est pas Hugo qui le dit, mais son commentateur, obscur prof pioniqué à neuf mille francs la pincée de pages. On m'a sollicité : très peu pour moi, qui verrais mon commentaire aussitôt rogne, pour qu'il se conforme en tout point à la vulgate bachotière. Il n'en resterait rien. De fait, il est exaspérant de lire, sous forme de fascicule officiel, des points de vue visiblement originaux exprès, pour satisfaire l'ego de l'écolâtre... Quant à (briques) l'affirmation que tout dire peut rendre le monde transparent, qu'il me soit permis d'affirmer que si la chose est vraie dans un premier temps de soulagement, le bâillon une fois ôté, dans un second temps la vérité, la transparence, roulent submergés par la déferlante des commentaires.
Il est impossible à présent de voir ce que c'est que le monde à travers tant de flots superposés. Cependant, mieux vaut surabondance que mutité : l'internet lui-même rectifie les censures. Problème : à quoi reconnaît-on la vérité ? Tituscu, mon philosophe, réponds si tu peux. I, Le renversement ironique. Et nous voici dans le planifié. Les auteurs, les pédagogues, y croient visiblement, à la vérité : elle se démontre par grand I et grand II, Baroco et Baralipton. Or si la vérité reste insaisissable, à quoi bon produire un plan ? N'est-il pas plus beau, plus chatoyant, d'accumuler comme ça vient les commentaires au texte, comme dans le Talmud ou le Zohar ? auquel cas l'homme ne sait qu'entasser les chatoiements, Dieu ou Dieu sait quelle instance connaissant la vérité, qui n'est que vibration entre les contraires : ainsi les trois colonnes du la Divinité cabbalistique, dont les attributs renvoient sans cesse de l'une à l'autre.
Je pencherais volontiers vers cela. Mais nous ne connaîtrions ni progrès, ni dimension historique. A raisonner, en revanche, l'homme se dirige vers sa fin, en bout de flèche. L'homme planifiant se chronologise, et meurt par basculement final. Mais l'homme du Zohar, l'homme contemplatif, pourrit et se dissout dans l'éternel divin. Nous reviendrons donc au propos de « Balises 2000 », en légitimant son propos planifiant (« planer ou planifier » ? là est la question) dans une perspective historique, puisque aussi bien Les Châtiments s'inscrivent dans une telle perspective. Le renversement ironique s'effectuera donc dans une confusion, voulue, de perspective, entre le haut et le bas. C'est élémentaire, donc hugolien.
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