27.11.2008

Voix d'outre-temps

Le latin fut la langue des dieux puis la langue de Dieu. Elle ne l'est plus depuis que l'on a voulu dire la messe en nos langues bâtardes. Depuis, le mystère a fui la messe, et moi je n'y vais plus, crainte d'entendre chanter comme on bêle sur des mélodies à l'eau de rose pour complaire au bas peuple. Démocrates, je vous le dis, vous méprisez vos électeurs. Le latin, le Bayet, nécessitent un effort. Et l'effort, ce n'est pas démocratique. Et le latin, c'est chiant. C'est austère. Si on ne l'a pas commencé tout petit – et la quatrième, je le répète, c'est déjà trop tard ; à cet âge-là, on commence déjà à se demander « à quoi ça sert » ; on veut faire « servir » le latin à gagner des « points » au bac ; des poings, sur la gueule, oui ! Le Bayet a des défauts. Il fait la petite bouche, il juge souvent ses auteurs en leur reprochant de manquer d'originalité. Pourquoi le dit-il ? Monsieur Bayet se force à trouver les Latins intéressants ?

C'est exact. Rien de plus emmerdant que les textes proposés, remplis de morale à papa et de bons gros procédés de rhétorique. Mais c'est de là que nos sommes partis, nous autres modernes. Et quelle joie de faire encore des découvertes dans un domaine où tout semble si usé ! Nous ne disposons pour fouiller le gisement des lettres latines que d'un tout petit orifice, puis nous devons fouiller en profondeur, mais à la verticale. Avec Bayet, j'ai découvert Properce. Bayet fait la petite bouche (bis) ; mais quel souffle, quelle tendresse chez Properce ! Tu lis à haute voix, et les éternellement jeunes vieux gosiers latins se remettent à s'humecter. Ma langue pourlèche les vieilles pierres éternelles. Je lis du Plaute : Des deux côtés le général adresse des vœux à Jupiter. Chacun montre alors ce qu'il peut, ce qu'il vaut ; le fer frappe, les armes se brisent ; le ciel mugit du fracas de la mêlée ; des respirations, des haleines se forme un brouillard ; les hommes tombent, domptés par les blessures.

Enfin notre volonté triomphe, nous avons le dessus. Voilà le véritable chant de la romanité, qui s'exprime par la glorification de la guerre, hymne à la vie à travers la mort, quelque chose de bien plus réel que tous ces bêlements que nous entendons à présent. Mais non, je n'ai pas l'intention de faire la guerre ! De l'extrême mort jaillit l'extrême vie. L'avancée des choses. L'héroïsme, dont nous sommes si fort revenus. Puisque nous ne pouvons plus nous battre, car nous sentons trop nos tripes qui s'écroulent, réservons-nous au moins de belles exaltations de ronds-de-cuir ! Puisque nous ne sommes plus que ça ! Ne passons plus à l'acte ! Nous n'aimons plus les actes. Mai sentons-nous au moins frémir ! Voyons Ennius : C'est un outrage immérité, mon père. Car si tu juges Cresphonte indigne, pourquoi me le donnais-tu en mariage ?

Commentaires

Rien de plus terrifiant, dans les rêves, que ces voix que l'on ne voit pas...

Ecrit par : kohnlili | 30.11.2008

Ecrire un commentaire