21.11.2008
Vasouillage hanséatique
Tiens ! encore un de mes textes qui s'est englouti tout seul. En voici un autre, sur Thomas Mann... "Sortant d'un roman de gare excellent, Montedidio,je me replonge dans l'ouvrage d'une valeur connue, Les Buddenbrook de Thomas Mann. Il y est question de haute bourgeoisie de Lübeck, et voici ma charmante Tony en mondanités sur la plage de Travemünde. Nul doute qu'elle ne tombe amoureuse de son accompagnateur, le fils Schwarzkopf, ne serait-ce que pour oublier Grünlich, « le verdâtre », lequel demande sa main. Nous voilà frais. Il me faut du Racine, ou bien des comtes et duchesses, pour le moins des fils et filles de bourges. C'est là le signe d'un certain conventionnalisme, et je ne puis en effet me résoudre à n'être à présent et à n'avoir été qu'un personnage bien ordinaire. Je crains que X. ne m'ait maintenu à ce sujet la tête sous l'eau – car il savait que Mlle Buddenbrook n'appréciait pas énormément ses manières.
C'est aux autres de m'apprécier. Rompre tout lien avec soi-même, telle est la prétention calamiteuse d'un Canetti. Ne plus être bon qu'à chanter les louanges de notre Bonaparte au petit pied. Mademoiselle Buddenbrook ! Elle fuit les demandes de mariage arrangé. Elle retrouve aux bains le même monde pincé, stupide, et ses préjugés. A-t-on fait un film de ce livre ? Charmée ! - elle répond avec les formules de son monde. A partir de là, ou elle accepte le Grünlich (savoir s'il y a un Umlaut auf deutsch ), où elle s'amourache de l'autre. C'est comme dans un ordinateur à scénarios : tous les éléments introduits (et non « entrés », massacreurs de la langue française), toutes les combinaisons apparaissent. Autre question que je me suis posée : la légitimité de la littérature. Qui me semble (un instant) limitée. Et depuis quand ? Mondanités. Les mêmes. Tout est dépassé.
Tout est balzacien – Balzac, dépassé ? Un chat repousse un autre chat. Et quelle toilette ravissante ! Facile de caricaturer le bourgeois. Mais l'auteur n'a que 25 ans. En ces années 1840, on allait à la plage habillé. Seuls les enfants couraient nus dans le sable. Je m'en fous. Je ne puis pas plus disserter sur tout sujet qu'on ne peut bander pour toute femme. Et vous logez...? - Chez les Schwarzkopf. Quelle étourderie ! Tous ne pourront que la retrouver. Au besoin lui rappeler sa fâcheuse demande en mariage : ou elle accepte, ou elle rejette bien loin cette bourgeoisie balnéaire si ridicule. Chez moi, rien ne bougerait. Hélas, les techniques de la narration impliquent tels ou tels cheminements, tels ou tels clichés. C'est pourquoi le roman s'est étiolé. Montedidio lui-même n'est qu'une succession de saynètes au fil (donc) rompu. Chez le commandant du pilotage ? - ma foi oui.
Ça caquète, ça babille. Chacun a son tableau pyramidal de la société, chacun sait où l'autre se situe. Que c'est original... original ! - Terriblement original ! C'est presque, à les entendre, une inconvenance. Sous les apparences du compliment pointe une nuance de blâme : toujours à faire des excentricités ! Terriblement était le terme à la mode : Schrecklich ! Cela rappelle nos Précieuses : “Effroyablement beau !” Cela revint à la mode chez nous dans les années 60. “Vous logez en ville” répéta le consul. Mais qu'étaient ces consuls après tout ; ceux qui siégeaient aux conseils commerciaux des villes hanséatiques ? Sorte de maires, de membres de Directoire ?"
22:22 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Et vous, l'informatique, ça va ?
Ecrit par : archouillard | 27.11.2008
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