12.11.2008
Sidoine aussi tu m'abandonnes...
Sidoine, fils d'Arverne, épousant la fille de l'empereur ? la fille de l'empereur est-elle un meilleur coup qu'une autre ? Son cul présente-t-il la marque de naissance ? Excellente éducation de notre Sidoine. Pourtant l'Empire s'écroule et ses Barbares sont chrétiens, tous hérétiques (partisans de l'arianisme, qui nie la divinité du Christ). A 18 ans, l'Apollinaire (le nôtre, Sidoine, dont il ne reste aucun portrait) (disparue, la statue d'or de son vivant au milieu de la bibliothèque ulpienne en ruines) – fut applaudi par la noblesse lyonnaise. On s'ébahit de sa virtuosité ; l'écriture n'était plus que jeux de mots - de quels siècles sommes-nous l'Antiquité ? ...la préhistoire ? Donnerons-nous naissance à quelque cycle épique ? Huon de Bordeaux, Roland, Guillaume d'Orange ? ...il était une fois, de siècle en siècle, une chaîne ininterrompue, une chaîne atavique, une chaîne sacrée de moines, de Saint-Michel au Péril de la Mer à Munich, à Bobbio, dans ces époques obscures et intégristes, aux atmosphères miasmatiques, qui grattaient le parchemin de leurs plumes rêches ; priant, mourant tôt et maudissant la femme en passant le relais.
Bien plus tard mais en prise directe Chateaubriand, Huysmans, haussant Sidoine aux premiers rangs. Je rêve d'une civilisation - et j'en ai fait les cartes - figée, où tous les siècles seraient là immobiles, chacun dans son costume, chacun dans son village, sans la moindre préoccupation présente. ...Leurs populations (je fabule) reproduiraient en boucle à l'identique les gestes et pensées de ces temps-là ; comment raisonnait-on, selon quels arcanes ? comment s'accommodaient-ils, les hommes, de leur courte vie, de leurs mendiants, de leurs tortures ? Comment pouvaient-ils s'imaginer, en vérité, que Dieu vivait parmi nous – ou plutôt, comment ne pas se l'imaginer ? Qu'était-ce que la littérature ? S'agit-il vraiment de l'intelligence et de la culture, qui se sont brisées récemment ? J'ai la vision séculaire de toute une chaîne humaine, au fond de laquelle, à l'autre extrémité des temps, vers 450, m'attend ce jeune sportif souriant, Sidoine ; qui court après les balles, s'essuie, se rafraîchit d'un côtes de Bourg.
Puis vient son fils ; son petit-fils vendu aux Wisigoths. Puis les moines. Des moines sans cesse renouvelés par une incessante fontaine d'obscures vocations. Puis toute une série d'érudits, de Scaliger d'Agen au cœur même du XIXe allemand (Mommsen (1871-1903), Willamowitz-Möllendorf son disciple. Nos arrière-grands-parents portaient des chaussettes et des fixe-chaussettes. On mourait à 52 ans. Les professeurs de Leipzig et de Colmar annexé se saluaient bien bas, rasés jusqu'aux bourrelets de couënne, colletés de celluloïd. Pendant les pires crises, les conflits les plus barbares, les thèses se répondent, s'affrontent en allemand comme en latin ; le monde est à feu et à sang, les juifs brûlent, et de vieux égoïstes ignobles, grandioses, se passent eux-mêmes barbares, au-dessus des ruines et des charniers, disséquant les préciosités et les conjectures syntaxiques d'écrivains morts depuis des siècles, le flambeau même des cultures humaines.
Erudits desséchés par l'âge et par le cœur, éternels rassis, gardiens monstrueux hors du monde, inclinés loupes en main et sur le crâne, dévorés de tics et de phlegmons contre les poêles fumants, marmonnant sous leur monocle leurs hexamètres anapestiques et ravagés de vieilles voluptés ; ce sont eux qui amendent, tandis que le monde agonise, restituent les textes de Cassiodore, Symmaque, Sidonius Apollinaire, au bout de la chaîne des temps, sous leurs pinces d'entomologues.
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Commentaires
"Si toi aussi tu m'abandonnes / Ô mon unique amour..." chanté par Armand Mestral, je crois. Sur quoi un astucieux avait brodé : "Si toi aussi tu m'abandonnes / Il n'm'rest'ra plus qu'la patronne..."
Ecrit par : crulpin | 18.11.2008
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