26.10.2008

Exhumation de Monsieur de Montherlant

De quoi s'agit-il ? "Le Démon du Bien" ("Pitié pour les femmes") : Costals demande à un homme de loi s'il est possible de divorcer aux torts exclusifs de l'autre, avant de se marier. Il agit comme Panurge qui va demandant d'oracle en oracle s'il sera cocu. Que ne le renvoyons-nous, Costals, au refrain populaire «Si tu veux pas qu'ta femme t'emmerde / Te marie pas, te marie pas ! » On objectera que cette incertitude de Costals, qui veut et ne veut pas, ou qui plutôt fait semblant de vouloir, enrichit la littérature d'un miroir supplémentaire où elle contemplerait sa propre nature, et autres fariboles. Voyons plutôt dans ce manège un ricanement de potache, un sens de l'humour dérisoire : Montherlant visiblement prend plaisir à ridiculiser son héros, nous en plaindrons-nous ? Ce sera, à cause du mariage, à cause de la femme, dira-t-il ! Mais, en cas d'un autre vacillement sur d'autres points, de la faute de qui sera-ce ? Impossible décidément, avec Montherlant, de juger en toute littérature, car ce gamin satané véhicule des idées. P. 141 : "Grand éloge à mes yeux, si décrié qu'il soit. »
"Combien pour lui toute ces aventures étaient devenues brusquement du passé ! Sa peine était comme débordée par le soulagement." Costals vient de fuir, et retourne ses proies, la mère et la fille, sur le gril, par des lettres. Il en reçoit d'autres. Tout cela plein de délicatesse et de compréhensions, bourgeoises niaises pour les femmes, bourgeoises nobles pour la pauvre victime, l'homme. P. 188 – voici les phrases les plus justes, celles qui font le plus de mal : "Un être vous prive du vaste monde, vous dérobe le monde, met un écran entre le monde et vous. Tout est bu par cet être; le splendide univers cesse d'exister. 
"(Ecrit avant le coucher) Ces trois journées, dont les deux premières ont été sans tache, et avec une fille qui a un caractère idéal, qui est la docilité et la discrétion même, ces trois seules journées ont comme liquéfié ma personnalité. Ce soir, faisant ma toilette, vais d'un objet à l'autre sans trouver ce que je cherche, qui est sous mes yeux. La dilution de ma personnalité se voit jusque sur mon visage, comme délavé ; mes paupières sont si lourdes que je peux à peine les soulever."
Eh ! Monsieur de Montherlant ! Pourquoi emmenez-vous donc vos deux créatures à Gênes et sans aucune occupation que le tourisme ? Ne savez-vous donc pas qu'au XVIIIe siècle, et bien avant sans doute, le test d'amour était de s'expatrier à la campagne ? S'ennuyait-on, c'est qu'on ne s'aimait pas. Il s'agit de l'ennui des indifférents, isolés à eux deux. Si vous l'aviez dit, vous auriez moins collé à votre personnage. Vous auriez décollé de l'éternelle surface des choses. Nous quittons là cet agréable et si juste pamphlet, car il est juste, nous promettant par acquit de conscience et pour bien rire un peu de lire le quatrième et dernier volume de la série Les jeunes filles, intitulé Les lépreuses, et de vous en faire part... de mariage. Car il est vrai qu'une polémique, pour faire avancer les choses, doit comporter une part de mauvaise foi. Sinon, à quoi bon simplement décrire le monde comme il est ? Et Montherlant du fond de son tombeau de m'adresser ce reproche : « Voyez, vous critiquez, mais vous avez ri. » Sans doute, Monsieur de Montherlant, sans doute...

Commentaires

Je ne suis pas curieux, mais j'aimerais bien savoir quel est l'enfoiré qui a fait disparaître mon article du 29... Censure ? Disfonctionnement ? Quelqu'un peut-il éclairer ma lanterne ? Poil à la baderne...

Ecrit par : singe vert | 31.10.2008

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