24.09.2008

Thé au logis

Nous écoutons Herr Leibniz (il s'agit du discours préliminaire sur la philosophie, précédant la Théodicée proprement dite : « On voit par là que le dogme de la participation réelle et substantielle se peut soutenir »  - il doit s'agir de la présence réelle du Christ dans l'hostie -  (sans recourir aux opinions étranges de quelques scholastiques) par une analogie bien sentie entre l'opération immédiate et la présence. » - toujours cet art, chez les philosophes, de diviser un raisonnement impossible en plusieurs raisonnements possibles, puis à tenter de nous persuader que la résolutiondu tout sera nécessairement formée par la résolution additionnée de toutes les résolutions partielles... C'est ainsi que l'un d'eux est parvenu à nous démontrer, la tortue étant à peu près immobile dans une fraction de seconde, et que le lièvre est immobile, dans une fraction de seconde, que, parole de Zénon ! jamais le lièvre ne rattrapera la tortue : ingénieux n'est-ce pas ? ou n'est-ce pas plutôt parfaitement con ?

Je n'ai pas l'esprit philosophique dites-vous, et c'est celui qui le dit qui l'est ? ben voyons...). Leibniz : « Et comme plusieurs philosophes ont jugé que, même dans l'ordre de la nature, un corps peut opérer immédiatement en distance sur plusieurs corps éloignés tout à la fois, ils croient, à plus forte raison » - et à partir de là mon consciencieux collègue a souligné en rouge - « que rien ne peut empêcher la toute-puissance divine de faire qu'un corps soit présent à plusieurs corps ensemble » - je ne vois pas le rapport - « n'y ayant pas un grand trajet de l'opération immédiate à la présence, et peut-être l'une dépendant de l'autre » - proximité du Christ et de la pâte à tarte ? je m'interroge. « Il est vrai que, depuis quelque temps, les philosophes modernes ont rejeté l'opération naturelle immédiate d'un corps sur un autre corps éloigné, et j'avoue que je suis de leur sentiment. Cependant l'opération en distance vient d'être réhabilitée en Angleterre par l'excellent M. Newton, qui soutient qu'il est de la nature des corps de s'attirer et de peser les uns sur les autres, à proportion de la masse d'un chacun et des rayons d'attraction qu'il reçoit ; sur quoi le célèbre M. Locke a déclaré, en répondant à M. l'évêque Stillingfleet » note "71"  :

« 71 : Sur cette polémique entre Locke et l'évêque Stillingfleet, voir les Nouveaux Essais, Préface (éd. Garnier-Flammarion, p. 44) - « qu'après avoir vu le livre de M. Newton, il rétracte ce qu'il avait dit lui-même, suivant l'opinion des modernes, dans son Essai sur l'entendement, savoir qu'un corps ne peut opérer immédiatement sur un autre qu'en le touchant par sa superficie et en le poussant par son mouvement, et il reconnaît » - souligné - « que Dieu peut mettre telles propriétés dans la matière qui la fasse opérer dans l'éloignement. C'est ainsi que les théologiens de la confession d'Augsbourg » - les protestants - « soutiennent qu'il dépend de Dieu, non seulement qu'un corps opère immédiatement sur plusieurs autres éloignés entre eux, mais qu'il existe même auprès d'eux et en soit reçu d'une manière dans laquelle les intervalles des lieux et les dimensions des espaces n'aient point de part. “ Tout cela ne nous dit pas comment du pain peut se transformer en chair à la fois humaine et divine...

Il faut tenir compte d'une façon de raisonner propre à cette époque-là sûrement, héritée de la scholastique médiévale, mais comme dirait Eltsine, “c'est bien compliqué”. Leibniz, Théodicée.

Commentaires

Ca y est ? Vous vous êtes bien fait chier ? Moi, je vais acheter les huîtres...

Ecrit par : croncron | 28.09.2008

Ecrire un commentaire