15.07.2008
J'aime les juifs
Attention à ce que je vais dire. Bien regarder où je mets les pieds, en ces temps-ci où péter de travers peut vous mener devant les tribunaux - un simple éditorial ironique par exemple... Nul ne peut être assuré de ne jamais être emprisonné ou torturé pour ses opinions - c'est Jean Ferrat qui le dit, la preuve... L'antisémitisme c'est pas une opinion : c'est un délit. Je hais les antisémites. J'adore les juifs. Il paraît que c'est la même chose que l'antisémitisme, en plus subtil. Merde alors. Une femme, les femmes. Un juif, les juifs : ça n'est déjà plus des maths. Déjà le pluriel, c'est suspect: un simple "s", et nous voici vacillant sur la berge du ravin, SS, et nous tombons dans le badinage.
Dans l'atroce. Mettons le malsain. Ma spécialité, le malsain. Je fais quoi ? Je me détourne ? Je me bouche le nez ? « Le raciste, l'antisémite, c'est pas moi, c'est l'autre ?" Moi le goy pur porc, dès que j'ai connu l'existence des juifs, et de ce qu'on leur avait fait - j'avais treize ans – ils m'ont fasciné. J'étais un petit con : toujours à me faire remarquer, tellement supérieur aux autres (le fils de l'instit ! pensez ! ) - forcément, les autres n'étaient pas d'accord. Les cons. Alors j'en rajoutais. Dans une quatrième, vous le savez, il y en a toujours un qu'on appelle "le singe". Le singe, c'était moi - der Affe, war es ich gewesen. Il n'y avait rien tant que je craignisse, ni que je provoquasse - que la persécution : taraudant les autres – taraudé.
Chiant, et récoltant toutes les persécutions du chiant. Le pion Mafille me suivait, me protégeait, moi je semais Mafille pour retrouver ma petite cour et lui filer tout mon filon de blagues dégueu, quitte à ce qu'il se détournassent d'un coup dsè qu'ils en avaient marre : à ce moment-là j'étais tout seul. Et je me souviens bien de toute cette cour de récré de lycée, les trois préaux bourrés de garçons sous la pluie battante, en train de me huer dans les chiottes où je m'étais réfugié, au beau milieu, gueulant "mort aux vaches" par-dessus le battant. Un chef-d'œuvre de jouissance. Tout ça pour dire : la persécution, j'en connais un rayon. Or voilà que je tombais sur un peuple persécuté dans les siècles des siècles. Des gens absolument comme tout le monde, qu'on s'obstinait à traiter de façon différente, à discriminer. Bon sang je connaissais ! J'ai pris fait et cause pour eux, tout de suite, immédiatement : "les juifs". C'étaient les autres qui les créaient ; s'il n'y avait pas de juifs, on les inventerait.
C'est bien Sartre qui dit cela, dans sa « Question juive »... Mais je ne connaissais pas « La question juive », et tout ce que je voyais, c'était que moi, moi le persécuté, j'étais tout seul. Impossible de trouver une communauté, un groupe qui se serrerait les coudes pour moi, et que je défendrais aussi. Je me suis donc mis à envier les juifs : si tu en insultais un, tu pouvais te retrouver illico devant les juges, traîné par la LICRA ou par le CRIF. Tandis que moi, la tête de con, si on m'insultait, je n'avais que ma gueule, ou mes deux poings, pour me défendre : il n'y a pas d'Association internationale des têtes de con.
Vous allez dire que c'est sans proportions, ridicule, ignoble ; jamais personne n'a pensé à m'envoyer en camp de concentration. Mais à l'asile, si. Ce qui est une autre histoire. Tout le monde voulait m'envoyer à l'asile. Figurez-vous que j'étais fasciné par Hitler, qu'on aurait bien dû y fourrer, avec toute sa clique – mais il y avait de la relève, à ce que j'ai appris. Or Hitler, lui aussi, se croyait persécuté, il avait même réussi à persuader tout un peuple qu'il était persécuté, lui, le Peuple Elu, et à faire l'intéressant au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer : pendant plus de dix ans, tous les Boches les yeux fixés sur lui ! ça c'était du spectacle, du cérémonial ; du mystère, de la morbidité, de l'adoration.
...L'antisémitisme ? un détail, comme disait l'autre ; une erreur, comme Céline l'avait chevroté, misérable, dans son falzar à ficelle, à Meudon - bref, c'était bien dommage, vraiment, qu'Hitler eût été antisémite, sinon, c'était valable, je me cite, c'était jouable. On n'est pas seulement « pas sérieux quand on a dix-sept ans" ; on est même particulièrement con.
Alors "les juifs" ; avec tous les guillemets possibles, eh bien ils sont devenus, pour moi, des personnages sacrés. Pourtant j'en ai connu, des juifs, j'en connais encore : des gens bien ordinaires, beaucoup d'intelligents, beaucoup de cons, exactement comme tout le monde, et beaucoup à la fois très cons et très intelligents, ou alternativement, selon les moments, les circonstances, avec toutes les nuances, proportions, sautes ou égalités d'humeurs, très précisément comme tous les putain d'humains de cette putain de planète.
Mis à part qu'ils en ont peut-être marre que l'on parle d'eux comme de bêtes curieuses.
Mis à part qu'il sont tout de même mis à part. A cause des autres, voir Sartre (je n'ai pas lu ; vous avez lu ? ) - à cause de moi : meilleurs que les autres ; meillleurs médecins ; meilleurs musiciens ; meilleurs acteurs , etc... Je ne devrais pas dire ça. ¨Personne ne devrait dire ça. Mais ça se dit. Et ça leur cause du tort. Labouklébouklé.
17:19 Publié dans la parano qui galope | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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