01.07.2008

Le patinage, la poste, la baise.

J'observe qu'il n'existe pas de couples de patineurs de même sexe. Je le déplore. Je pense qu'ils se satisfont chacun d'un autre, chacun de leur côté, et de même sexe. Je ne dors plus dans le dortoir ni chez les sœurs de Corse, je n'imagine plus les filles ahanant sous leurs doigts au-delà des cloisons. L'un des stagiaires aime Vincent ; il veut dire Van Gogh. Bon sang il m'a bien eu. Lui s'appelle Faisan. Tant pis. Chaque soir je remets le cahier de présence ; un jour Faisan se cache dans l'armoire du fond. Alors on a ri. Je crains qu'on ne me sépare de Salvadora - je suis sûr que c'est mieux côté filles. 


 Le facteur Eilath apprend le métier. Je le file en taxi. Rien de plus émouvant que deux préposés à bicyclettes se suivant en chuintant sur les trottoirs, instructrice en tête, vareuse et casquette, Eilath enregistre sous elle chaque mètre de sa tournée, numéro à numéro, recoins, détours et caprices du cadastre ( rues qui partent à angle droit sans changer d'identité, courbes à cheval sur deux communes) – chiens, ouvertures ou résistances des boîtes. La voix de l'instructrice est neutre, professionnelle, tamisée. Affectueuse. Eilath et elle ont détecté ma planque – mon taxi – ce sera donc Salvadora, Salvadora seule. Le lendemain plus tôt encore au milieu de la nuit j'erre, j'explore : plateau fortifié, vieux pans de murs ; solitude, puissance et détresse. 


 Je suis debout de pied en cap tandis que l'internat sans moi se lave à grands coups de bras devant l'évier d'eau froide, se branle, dort. Un chat noir me suit dans la rue queue droite, tout en marchant je le caresse, comme une canne à ras de sol qui se dérobe ou se frotte ; mais la main sous le flanc, c'est trop de familiarité, il crache ; se dégage, me suit, répond à mon appel - “Fritdtjof Nansen !” - explorateur arctique - “Fridtjof !” - le nom que je lui donne – d'une voix basse, sifflante. Il m'a suivi jusqu'à six heures, matin noir, où par le porche resurgit la troupe exacte des petits facteurs aux timbres frissonnants, juchés sur leurs cadres, sacoches garnie, fuite du chat. Eilath lève une main gantée, je fais un vœu, ne plus épier - toujours fixer le détenu dans les yeux ; savoir esquiver cependant - à bon escient - Salvadora l'emporte dans mon cœur – je repars. Sous prétexte de prime j'obtiens le tour de nuit chez les enculateurs, parviens à dissimuler Salvadora D. sous ma tente, quatre courtines blanches sur les tringles, juste avant l'entrée des classes. Quand juste après le rut, les poumons apaisés,le silence devient soudain si grand dans le sommeil que nos deux souffles d'instinct se suspendent, nous chuchotons et baisons dans l'immobilité, célestes captifs. La veille encore j'estimais de la dernière improbabilité qu'une femme pût s'arrimer à ma ferraille - jamais de toute ma mémoire la moindre d'entre elles n'eût couru un tel risque. 

Commentaires

domeltbol

Ecrit par : monchir | 04.07.2008

Traduction mon cher ?

Ecrit par : pleutreville | 04.07.2008

http://www.padat.com
nagluzo

Ecrit par : Bref | 27.11.2008

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