22.05.2008
Profondeurs - Profundidades
Je me souviens de ce bibliothécaire en chef, enfoui au bout d'un dédale de couloirs. Il était si pâle. J'aurais été stagiaire, sans traitement... Abîme, abîme, j'ai peur. Son premier fils. Nous étions dans la famille du bourreau, entre gens durs.
Voici que le suicide d'une mère nous emmène dans les parages des victimes, des bourreaux à leur tour victimes, fraternelles et sans espoir, sans la moindre excuse, puis sur celui-ci encore, quoi, un fils victime, et punir encore un second, d'exister, comme les dieux antiques avaient soif. Et maudit, dans son dernier souffle, le père meutrier de ses enfants. Dans Les Hauts de Hurlevent, même fatalité du parallélisme, ici sous le soleil de la Grève, si ce doit être cela devivre, pourquoi y a-t-il mêlées tant de douceurs et d'amertumes ? Encore pour l'homme ne s'agit-il pas de tuer pour survivre, simplement manger – nombre de pères anthropophages ? Si le suicide faisait moins mal.
S'il n'y avait ces espérances absurdes. Note 1 p. 99 : La mort d'Eurydice est racontée par de courtes répliques intercalées – la femme de Créon s'appelle Eurydice, et c'est elle qu'on envoie au tombeau... Je ne parviens plus à ordonner quoi que ce soit. A qui m'adresser ? J'ai vécu dans l'artifice. Nous sommes seuls. Message entre les phrases – entre des strophes chantées. Les mots ne me protègent plus, ceux que je fais moi-même, les plaintes de Créon sont exprimées en dochmiaques – je ne connais pas ces vers. "Le dramaturge passe à la scène suivante". Cela s'écrit en italiques : Strophe 2, rien n'est sur le manuscrit.
Nous n'avons donc plus que la danse et le chant. Et la peur, artificiellement provoquée bien entendu. J'aurais dû vivre au premier degré ; qui m'a donné cette conscience ? Ah... Ah... Je suis comme ivre d'horreur alors un bien intentionné te dis Voyons ce n'est pas grave, ce n'est pas si grave que cela, vous savez tous que se laisser aller correspond à la mort, à pire que la mort, la confusion mentale, mais je n'ai rien vécu, rien, la mort n'entraîne pas la lucidité, pas l'approfondissement, juste un peu plus crétin, je vois Terzieff éclaboussé de tartes, il en mourrait, personne ne le critique plus, mais on se rabat sur la pièce, mal choisie, je ne sais pas ce que c'est, je ne réagis plus que par sursauts, ils s'espacent, s'exprimer ferait advenir la chose, je dois m'éloigner, Ah, en plein cœur que ne m'a-t-on frappé, je crois que chaque homme porte en lui la totalité de la douleur humaine et qu'il faut qu'il y passe
00:45 Publié dans Dieu et moâ | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Qu'est-ce qu'il était sinistre le bibliothécaire, avec une tête de fromage aplati...
Ecrit par : champollion | 23.05.2008
Ecrire un commentaire