09.05.2008

La clôture

Dans huit semaines mes gars voguent à la voile au large de Valdivia (République Argentine). La rééducation par la marine en bois, pas de femme à bord, ils gueuleront des couplets de tempêtes, la pureté du large et tout le bataclan, loin d'ici galère en pleine terre. Ils escaladeront les mâts et s'enculeront dans les hamacs à la quête de l'équilibre.

...La nuit qui suit j'explore la cour intérieure de l'établissement, quatre étages aveugles au-dessus de moi. J'ouvre la porte de la chapelle désaffectée avec mon passe - tandis que sous la lune dans mon dos mes prisonniers rapprochent à grand fracas leurs putains de lits dans leur putain de dortoir. Je referme sur moi le battant. Je me revois en rêve à l'harmonium à l'angle du transept où rôde l'écho des ogives ; tremblant d'être démasqué, viré, tout autour de moi la pierre creuse emplie d'harmonie comme un grand ventricule. Quand je gagne au jugé la porte de la sacristie, en vérité Dieu m'agrippa l'épaule, mon dos pourrit d'horreur, mon cri buta en fond de gorge, ni le rêve ni Dieu ne s'achèvent jamais.

Je ne me souviens plus si dans le rêve je fermais ou non les portes en prévision d'une retraite – jamais je ne l'ai poursuivi jusqu'à ce point où me voici ce soir, bien éveillé avant le dénouement ; une ouverture dans le mur du fond donne sur la sacristie aux grandes penderies bâillantes où l'on suspend les aubes empesées, sans tête, avec en haut les blafardes impostes rectangulaires – je pousse d'autres portes encore, entre dans d'autres pièces, le vide me poussant le dos – je vois dans celle-ci au sol des amas sombres de tissus froissés ; j'entends de loin une conversation très floue de femmes, et dans l'ultime chambre où je me suis glissé ce sont distinctement les voix des sœurs juste derrière cette porte même dont l'ouverture inopinée au moindre froissement me piègerait en vêtements de nuit - les sœurs ce soir ont omis de s'enfermer, négligeant leur clôture, mais j'en ai abusé, compromis, enfoncé comme je suis en leurs murs, en possibilité de tout subir en mes humiliations.
Elles s'entretiennent de lessives ou d'oraisons, parlant comme on prie en ces lieux où nulle ne s'exprime plus qu'en langage de Dieu Je répète prenez pitié de moi tandis que je décrois, frémissant de m'être imaginé Dieu sait quelle débauche de ces femmes, posées sereines au cœur des nuits, sans plus de séparation de mon Enfer que cette mince porte ; et quatre pièces vides ouvertes dans mon dos, je me paralyse, hagard, priant.

Commentaires

Tu te rends compte mon con, si tu t'étais fait violer ?

Ecrit par : romnestras | 11.05.2008

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