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Ah les filles, ah les filles...

  • Femmes, premier jet


        Le troisième amour, Flora, fut toute ma vie mon “cabinet fantôme”, le dernier recours, et je sais le dépit de Lazarus d'avoir appris ma fidélité d'esprit avec elle ; tant d'autres sont passés par elle avant d'être jetés ! “Tu n'as pas été le premier, ni le dernier !” Si, justement.

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         Un autre jour Lazarus m'aperçoit sur les marches depuis sa voiture : il se rend à la réunion mensuelle de la Ligue - dois-je vraiment faire de lui le traître de la farce ?  Il aurait pris une autre fois en charge Djanem et telle autre connaissance ; Djanem alors se serait confiée à cette inconnue, sur son mari, sur moi... « Une seule fois! » proteste-t-elle. Une fois de trop.

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    Sur le mur.JPG    J'ai tenté une fausse piste avec Elena la Mexicaine ; mais burlesquement, je me suis laissé surprendre en compagnie de mon épouse légitime.

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     Quelqu'un peut-il me dire ce que je cherche. Mon ami G. aux prises avec sa femme folle, qui a rendu leur fils parfaitement fou. Quelqu'un peut-il me dire de quoi je parle. Où est la vanité... -  vérité... - vanité. Telle autre dépense tout l'argent du ménage en faramineuses bagatelles : ne suis-je pas bien plus à l'aise avec ma dépressive chronique, et, en définitive, que pourrais-je bien gagner au change  ?

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         Ils procèdent comme suit :  Nils reste sous elle, poteau solide. Les femmes, parfaitement, Lazarus ! sont redevenues aussi connes que naguère, exigeant de leurs amants une perfection impossible. Si bien qu'ils se rabattent tous sur les bordels. Bravo la solidarité sociale féminine. De plus, leur abstinence, toujours soigneusement calculée, ce rejet du sexe par raisonnement raisonnable, leur permet de jouer les innocentes : « Tu comprends, c'est plus facile pour moi si on ne va pas jusqu'au bout. »  Tu comprends : la formule typique, l'invincible sésame ouvrant à deux battants le portail manipulateur de l'enculage – et moi, qui me comprend ? Personne. Donc, ne jamais dire « Tu comprends », ne jamais permettre qu'on vous le serve, surtout pas une femme, qui ne comprend que son intérêt : baiser quand elle le veut, ne pas baiser quand elle ne le veut pas.     Cette claire alternative est interdite aux hommes, parce qu'ils le veulent de toute façon : leur désir est plus fort, il est constant. Ils doivent penser : « Cause toujours, je t'aurai ». L'homme ne refuse de baiser que par orgueil. Mais sa bite le veut toujours. Je parle des jeunes et belles femmes. L'étiolement de ma misogynie me semble d'ailleurs en relation directe avec une forte diminution de testostérone. Le but de la femme est, a toujours été, de faire baisser la production, le taux de testostérone chez l'homme, afin qu'il ne bande plus que lorsqu'elle le veut. Qu'elles aillent chier.

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        Déclarations d'amour, me dit-elle, désespérées, du mari délaissé ; est-ce vrai ? Je n'ai jamais vu ce mari : trois ou quatre fois. Mais il me plaît de l'imaginer fruste et couillon, de le refaçonner : il intercepte nos messages sur écran : « Viens, dit-il, on va les écouter ensemble ». Réflexe de rustre, besoin prolétaire d'humiliation, de primitive férocité. Tantôt je crois cette femme, tantôt non, en fonction de ma commodité. Dans cette proposition malsaine qu' elle me rapporte, je reconnais la vérité telle que je la souhaite : la plongée dans le prolétariat recèle toujours de semblables concrétions de vomissures - en vérié, du vomi fossile. Henam refuse l'humiliation qui lui est proposée.
        Alternent alors chez le prolo chimpanzé crises d'insultes (“salope”, “sac à foutre” - je m'indigne à bon droit ; mais aussi bien à bon marché – est-ce vrai, là encore) - et déclarations enflammées. Ivrogne et rudimentaire : aucun travail sur soi, aucun recul. « Les rêves, c'est de la connerie ». Tel est mon homme, tel est mon rival ; de telles affirmations relèvent pour moi du plus profond mépris. Il faut en effet des années de patientes observations, de douteuses déductions, pour parvenir à rendre les rêves tant soit peu translucides. Il ne servirait de rien de vouloir convaincre, enseigner, tenter une conversion sur un tel matériau. Djanem partage, hélas ! les inepties de son compagnon de classe culturelle. On ne doit jamais, selon X et Lazarus, parler de l'autre ; du rival. De celui qui est déjà là. Qu'il s'agit de détrôner. Momentanément. Ou partiellement. Pour toujours, si l'amour l'exige. Aujourd'hui, je m'interroge sur la proportion de comédie, d'affabulation, qui entre dans tout cela.
        De chantage.  Et Lazarus, dans l'ombre, compte les coups. Djanem veut me faire croire que Nils la brutalise (« Fais-lui croire que... ») -  bizarre ! le violent pinçon sur la joue - « Regarde ! là ! » - disparu. Elle dit aussi : « Je veux te révéler à toi-même. » Comme les autres. Il est en vérité affligeant de voir le nombre de ceux, ou de celles, qui veulent absolument vous révéler ce que vous êtes vraiment ; plus stupéfiant encore, le nombre de ceux qui le croient. Tant est puissant l'attrait du miroir, et l'espoir toujours déçu d'y modifier son image. Mais il n'y a que toi, imbécile, qui puisse connaître ton visage. Tel que tu l'as conçu et maquillé. Celui de toi qu'en ont les autres ne sert qu'aux autres, pour les aider à s'y retrouver.
        Il faudrait ne jamais tenir compte de ce que voient les autres ; mais si c'est ta destinée de t'en préoccuper, deviens comédien, pitre ou clown. 

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        Le mode d'expression spécifique de Lazarus est l'humiliation. C'est lui qui représente à la perception la tyrannie du regard de l'autre. Celui qui, selon Sartre et ses innombrables sectateurs,  vous façonne et vous dit votre vérité. Cet Autre dont les magazines bien pensants nous rebattent les oreilles chaque fois que la presse révèle un massacre d'origine immigrée : pauvres victimes postcoloniales !

  • Tingitanes

        Le premier de mes portraits : S.B.
        Avant le mariage, qui forme exactement delta, son nom de Juive m'a séduit. Sépharade, olivâtre, "mes yeux noisette" disait-elle. Toutes les scènes se passent à Tanger, dan les quartiers européens, jamais je ne vis tant jouer, Sorano Saddiki, Michel dit Simon. Sylvia B. se confie à moi. Notre professeur de philosophie m'a confié un exposé "Sur les femmes".
      Les arbres et le sanctuaire.JPG  C'est une Corse féministe, morte l'année suivante, et moi je suis encore professeur pour petits, Véra B. nous accueillit chez elle pour mon exposé, c'est ainsi que j'imaginais qu'il était beaucoup plus facile pour les filles de tomber amoureuses à volonté, je les accusais de laisser languir les mâles. "Pourquoi ne m'aimes-tu pas ?" dis-je à Sylvia B. Elle avait fui en tournant la tête.
        Elle n'avait dit ni oui ni non, se mit à m'aimer, seulement, je croyais que le moindre contact de peau l'indignerait, au point de me chasser. Longtemps later,  je croyais encore qu'un baiser décidait de tout, au point de passer au coït immédiatement avant que l'envie ne passe, à la femme. Je ne compris rien non plus le jour où je fus reçu, dans sa chambre, au lit pour la sieste, tout affalée, de côté, attendant que je la redresse pour l'embrasser : je l'aurais étreinte si fort, qu'elle m'aurait repoussé, que je me serais fâché.
        - Tu dormais ?
        - Non.

  • Noémi

     

    Noémi est une peluche. Son prénom biblique apparut dans un conte de la Rostopchine, mêlé à une histoire de marée montante surprenant un groupe d'enfants. Je m'étais étonné qu'un prénom de fille ne se terminât pas par un "e". "C'est parce que c'est comem ça", m'avait dit ma mère, sans me convaincre. Celle-ci est un singe, en l'occurrence une guenon. Elle est à contre-jour parce qu'une mains l'a posée au sommet de mon moniteur, au-dessus de l'écran : je ne peux la voir qu'en m'éblouissant, et la lumière de la fenêtre, en arrière et sur la droite, n'améliore pas la vision. Ce singe ne respecte pas les proportions de la vraie vie : ce n'est qu'une peluche, schématique, à caresser.

     

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    Elle occupe un triangle aux pattes écartées, la tête un peu déviée par rapport à la hauteur. Les pattes sont droites, courtes et veloutées. Par-dessous l'on aperçoit la surface plus claire du moniteur. Tout se concentre dans la tête : deux petits yeux luisants, un mufle de singe bien saillant particulièrement appétissant, attendrissant aussi. Cela donne envie de se frotter, museau contre museau. L'ensemble des yeux, du nez qui surgit justa au-dessus et du mufle rond forme donc une demi-sphère au tissu ras, couleur bistre clair, surmontée par deux cercles incomplets contenant les yeux, grands ouverts et bien écartés. Enserrant tout cela comme une fourrure de capuche, une enveloppe de poils blancs, rétrécie en pointe juste sous les yeux, qui marque la taille du visage.

     

    Englobant encore le tout, un capuchon brun sombre, suite de la robe uniforme du singe, lui donne l'allure d'un esquimau à cheveux blancs, coiffé d'une cagoule de scaphandrier en peau de phoque, mais noire. Les quatre pattes écartées suggèrent que la petite guenon s'est raplatie en grand écart sur la glace, maladroite. Le contre-jour auréole sa silhouette d'une fine pellicule à peine luisante. Pour compléter, nous devrions aussi mentionner la souplesse de l'animal, son velouté, son élasticité, sa capacité à supporter toutes les caresses et à les rendre, et la profonde gentillesse,la générosité qui se dégage de ses courbes harmonieuses et sensuelles, s'il faut employer les clichés. Au début nous faisions peu de cas de cette silhouette moricaude et rudimentaire, puis son apparente patauderie, son prénom de fille, nous ont séduits. Noémi, toute petite, tient à présent toute sa place.

     

     

     

     

     

  • Amour grandiloquent

     

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    Djanem est l'abîme escarpé longuement longé ; broyé, être broyé. Nos larmes affleurant en permanence. Etreindre ou simplement toucher fondant hélas notre irréduction. Son abstraction. Sa nature distincte. Que rien ne soit troublé ; qui voudrait étourdir Dieu de ses prières ? « Tu es soumis à ton épouse» dit-elle. Je te serais bien plus soumis encore si ta loi permettait que nous vécussions ensemble, et je serais ravi de me ou te soumettre : sans que tu sois mère mais amante, je rejoindrais Jean-Jacques, mais je ne dois pas te harceler ; il te faut, à toi, la relation propre. Nette. Sans trace de vase.

     

    Sans ton propre époux je t'enlèverais dans notre solitude, et le vide, jusqu'à l'intoxication. Jadis en effet, tout aussi bien ressenti et pensé qu'aujourd'hui, l'on s'aimait déjà sans pouvoir se toucher, comme deux reflets. Je voudrais bien me lier d'amitié avec cet autre homme, mais il affiche tiédeur et dédain. Ma propre femme, poétesse éthérée, ne refuserait pas de tels accommodements ; ne pas omettre ce soir de lui toucher un mot sur ces rapprochements, que j'ai faits dans ma tête : Djanem et Lazare, Arielle et moi, Djanem et Nils : aussi féconds en vérité que les trois colonnes des attributs de Dieu. Parfois j'amène Djanem à ma raison : elle saute dans ma corde. Parfois je reste libre trois jours de suite, non loin d'ici.

     

    Je marche beaucoup. Il fera chaud. Des orages éclateront ; je me courberai pour ne pas donner prise aux éclairs : je connais cela. Mais que je médite ou que je prie, ce sera sur elle : c'est en Dieu, qu'elle incarne parfois, que je trouverai. L'éternité devant soi. La variété inépuisable ; dans le bien une infinie multiplicité de ramifications. Je tiens mes manèges équestres, le dresseur devient dressé. Djanem et moi n'en avons pas fini de nous enlacer. Emprunter la voix et les habits du fils pour l'entraîner plus sûrement : tout salut devient perte en ce bas monde. Mais nous remonterons l'un et l'autre – n'était-ce pas nos volontés premières ?J'ai encore beaucoup à te dire, beaucoup à me taire.

     

  • Jeunes filles

     

     

    Je me souviens de Mlle Yassine, juive, brune, marseillaise, qui se contrefichait de la tradition, et que j'ai failli bénir le dernier jour, les deux mains jointes sur sa tête, avec cette fameuse formule araméenne je suppose : « Baroukh chem kweït malhoussè loheïlem boët » - même Delécrou, juif pratiquant, n'a pas su m'identifier cette langue... Ma bachelière s'est dérobée, très vite, sentant une lueur dans mes yeux, non de désir, mais théâtrale : le désir de me rendre, une ultime fois, intéressant, même parfaitement déplacé, par le « jeu du rabbin ». J'aime jouer. C'est mon essence. Je ne pense pas que ce soit à blâmer, au titre d'une prétendue « immaturité » - Cocteau jouait à Dieu avec les Maritain, jouait au gros chagrin à l'enterrement d'Erik Satie...

     

     

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    Etchegarry, si déplorablement gênée par Myrrha « qui aimait un peu trop son papa » dans les Métamorphoses d'Ovide ; son père ne cessait de la mitrailler en photo - quel prescripteur crétin s'avisa donc d'inscrire ces interminables vers d'Ovide dans un programme de terminales, dont les latinistes sont presque exclusivement des jeunes filles ? Un père incestueux. Je me souviens de Kreutzfeld, qui ne s'appelait pas “Brigitte” comme la journaliste. Dont la mère était arabe ; et très sensible au fait que j'aie proclamé les musulmans les plus propres des garçons, car je jouais au pédé, aussi. Jouer : quelle chose sérieuse ; je devrai cependant toujours m'en persuader, jusqu'à mon dernier souffle.

     

    J'aurai passé ma vie à jouer, avec la plus grande sincérité ; il ne m'en restera que des bribes, comme pour les actifs. « J'ai évité de vivre », confiais-je à ma classe. « Tu as su établir des contacts », me dit mon ami l'auditeur, « avec des élèves ». Et je me souviens de m'être exclamé : « Mais ce ne sont pas des vrais ! » Alors je m'aperçus de la grimace de dépit du jeune Mathieu, son fils de 18 ans, que je n'avais pas repéré.

     

     

     

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    Je me souviens du « prof de gym » Sablon, que les demoiselles de sa classe ont forcé (après courageuse délégation auprès du principal...) à porter des pantalons, parce que son short révélait un peu trop ses légumes, ballottant de façon choquante pour ne pas dire dégoûtante... Ah, nous sommes aimés, je vous jure ! ...Je l'avais croisé, ce collègue, dans un meeting du P.C., où ce jovial imbécile me fit adhérer, juste avant la mémorable culottée des élections de 78 (oubliées)... J'ai vite démissionné : les réunions de sections se ponctuaient toujours de phrases du style : « On n'a pas besoin d'intellectuels, dans le Parti ». Merci, j'avais cru comprendre.

     

    Et lorsqu'on m'a envoyé, à charge pour moi de les acheter d'avance, des paquets de billets de loterie pour la fête de l'Huma - « Qui veut mes billets ? », j'ai renvoyé le tout en précisant qu'être communiste ne signifiait pas, pour moi, faire le guignol sur les champs de foire en me farcissant les invendus...

     

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    Choulahn ressemblait à ma mère jeune – en infiniment mieux ; elle sentait mon désir. Un peu la goualanteuse Schlesing, qui se frotte avec Ursula Baun, comme chacun sait. Schlott me dit un jour, à la fin d'un cours : “Et si je tombais enceinte, vous seriez emmerdé ?” D'après ma psy, ce serait “une avance” : ah bon ??? ah tiens donc ??? J'ai répondu : “Ecoutez, si on ne se fait pas confiance l'un à l'autre, ce n'est pas la peine.” L'année précédente elle frappait du pied à plusieurs reprises, chaussée de laides baskets, entre mes jambes, au sol, pour me montrer burlesquement un pas de danse. “C'est de la provocation ça”, répétait ma psy. Mlle Schlott, « avec deux t », ne pouvait retenir ses amies en classe, qu'elle avait invitées à l'un de mes cours (je tolérais cela, par admiration de moi-même). « Ben restez,quoi...”. Même chez les personnes de son sexe, elle peinait à se créer des attachements, voire le moindre intérêt. Elle était d'une myopie nécessairement affligeante. J'aimerais la revoir. Me la faire, certainement pas. J'ai tellement vu, en long, en large et en travers, à quoi ressemblaient un sexe et un cul de femme y compris quand on les défonce (la muqueuse du vagin qui ressort et qui rentre au rythme de la bite qui défonce) que cela ne m'intrigue plus du tout. Mais je peux changer d'avis. Je me souviens de Giustina, juive suisse (je prononçais à la française, « Justine») à qui j'ordonnai, carrément, de poursuivre les cours de latin. Comme elle était italienne, elle obtempéra. Tant d'autres dont j'ai oublié le nom, dont cette Roumaine qui comprit les épouvantables grossièretés transylvaniennes dont j'abreuvais la classe : « Monsieur, pourquoi est-ce que vous dites ça ? » Elle lançait autour d'elle des regards épouvantés : mais nous étions seuls à comprendre. Je me souviens de Jacqueline Armel, qui m'affirma de pas avoir le moindre lien avec cet abruti de philosophe volontariste dont les sartriens fascisants font tant de cas (« la puissance de la volonté », peau de balle, oui !) Elle était lesbienne, venait me voir avec son ami futur pédé après les cours.

     

    Ils me dirent : « Vous êtes un prof attachant ». Que répondre ? Comme la poêle Téfal. Je faisais tout ce qu'il ne faut surtout pas faire d'après tous les manuels du Parfait Petit Professeur : parler de soi. Faire déborder ses névroses sur ses classes. « Ne pas attendrir ses élèves », nous prescrit-on à présent. Et justement, je n'aurai fait que cela. Complicité, attendrissement. Comme ils étaient vexés, tous ces administrateurs de lycée qui avaient recruté des « grands frères » « issus de l'immigration » : ces derniers obtenaient d'excellents résultats de discipline ; mais on leur dit : « Tout le monde à l'impression que vous êtes avec eux, contre nous. » Les grands frères changèrent de registre, et n'obtinrent plus du tout de résultats ; ah petits chefs, ineffables petits chefs !!! quarts de sous-chefs adjoints auxiliaires !

     

    Jacqueline, rue Verlaine, m'a recontacté. Son site est encombré de contacts lesbiens. Vive la liberté. Je n'ai jamais pu concevoir d'agir autrement que par la projection de mes complexes sur mes élèves. Simplement, je le leur disais. Dédart procédait de même. Mais sans le dire. Dans le mauvais sens. C'était une horrible guenon venimeuse, pourrie de prétention. Exposant ses photos de famille à la plage pour illustrer une conférence sur Auschwitz. Elle n'a reçu qu'un stylo à dix euros, le jour de son départ, pour écrire ses poèmes imbéciles, loin, loin. J'ai reçu, moi, 600 euros en liquide, bien insuffisants pour faire quoi que ce soit. Insuffisants pour un trombone, en tout cas. Je me suis procuré auprès d'Irénée un logiciel piraté moitié prix, qui ne lui avait pas coûté un centime.

     

    C'est de bonne guerre. Je ne peux lui en vouloir.

     

     

  • Petites femmes

     

    L'avortement ? elle seule, Bela, l'aurait programmé - « ...qu'il ne vive pas, mon enfant, parmi ces HLM »  - ni avec un tel père ? ...Devant mon café quand ils ont raccroché je compte les coups, qui portent encore, chez ces deux là, à 25 années de distance. Il me faut encore prêter l'oreille à ces jérémiades éculées d'avoir dissimulé au sieur Lazare la poursuite de mes relations avec Bela, ce qui le chiffonne encore : « Tu as gâché quelque chose entre nous... » - gâché quoi, Lazare ? je tenais simplement ma promesse, de ne jamais te remettre sur son chemin – je venais de le faire à l'instant, mais avec une maestria de pur délire... « Tu n'avais pas à promettre quoi que ce soit ! » - ô admirable, miraculeuse science infuse, qui toujours laisse pressentir avec la plus fine justesse la phrase unique à dire, le mot historique, le beau geste ajusté ! ô chevalerie ! Pour moi, les promesses que j'ai faites, à bon ou mauvais escient, je les tiens – à condition qu'elles soient explicites, en termes très exacts, car les implicites, celles que l'on déduit, que l'on suppute et que l'on finit par croire dur comme fer alors qu'elles sont en l'air et purement imaginaires, mon Lazare, ne sauraient engager que ceux qui les ont forgées – n'est-ce pas, Kalénou ? Cantat compter sur ma délicatesse, à d'autres - « ce qui m'arrange bien » d'après les philosophes à deux balles, car il est bien entendu, chez ces bons bouffons, que l'on se choisit son caractère : liberté sartrienne, vous dis-je !

     

     

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    ...La loi du plus fort, Lazare. Du mieux adapté. La Fontaine encore et toujours. « C'est bien pour toi, ça, La Fontaine. » Mais parfaitement. La Fontaine n'est pas pour les enfants. Et Jean-Paul Sartre un idéaliste en culottes courtes.

     

     

     

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    La Hanem, petite brune, ne rit qu'en ma présence : « Tu me pervertis... » - j'espère bien ! Bouffon Suborneur. Mon épouse, brune au long nez, devine où je cours, bahouts, chaque matin. Elle me voit partir et me sourit : bouddhisme ? indifférence ? équivalence ? En vérité j'ai toujours su, gand blond, qu'un jour elle céderait : cela n'aura jamais pris que quarante ans. Car nul n'est amoureux, Seigneur, s'il ne veut aimer  - relu tout Britannicus sans retrouver ce vers, ni chez Burrhus, ni même chez Narcisse – bien que Racine m'ennuie profondément – il ne sait que gémir ; je préfère de loin les rodomontades de Pierre Corneille. La Sévigné aussi était « Corneille » - tout cela passera comme Racine et le café. J'ai balancé au vide-ordures le tome III sur papier bible de sa correspondance dans la Pléiade – mille pages de féroce et futile frivolité.

     

     

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    Si je l'attire à moi, elle est sans résistance. Conscience excessive de mon charme dit-elle? j'avais cessé très tôt, et sur toutes les femmes, les séductions que j'avais, qui m'enfonçaient dans leur mépris. Très vite j'avais pigé que jamais je n'attirerais de fille. Et la première à qui miracle je n'ai pas trop déplu, je l'ai gardée : « Faire l'amour ou me laisser partir », elle a cédé. Quant à cette autre 43 ans plus tard, Gvêréét Hanem, qui m'aime et que j'aime moi-même, le plus normalement du monde, j'ai voulu la conserver comme l'autre ; et s'il m'est arrivé de les tromper toutes les deux, c'était par bonne aubaine, et plaisir sans égal d'être enfin désiré, si tard, de vivre enfin, si tard, ce que vivent ordinairement les autres, ceux qui se vantent auprès de tous d'être normaux, que j'ai si largement pris pour des cons dans mon désespoir de les égaler.

     

    Puis après tant d'élucubrations et de généralités les premiers mois, je profite avec elle de mes nouveaux atouts. Nous nous satisfaisons d'étreintes adolescentes. Je serais objet de railleries, si les autres savaient – mais il n'y a pas d'autres : l'éclat qu'on se donne à soi-même suffit ; quant à mes parents mêmes, à présent dissous dans les alluvions quaternaires, que nous importe à tous. Auquel cas, et avant de dormir, détaillons la rencontre du jour : je suis allé place d'Erres. Elle m'a cherché partout, tête basse, œil farouche. Elle m'a vu brandir une très sévère Introduction au Talmud. Le soleil a rongé  la plage arrière. Nous sommes repartis sans nous étreindre. L'étau des espions, dit-elle, se durcit.

     

    Défilent les retrouvailles, en rangs serrés. Je réitère mon attachement. Mon amour. Je me gare à l'ombre, deux roues sur un trottoir de rue coudée. Durant tout notre « entretien si doux » nous vrillent jusqu'à l'os les piépiements des petits enfants au fond d'une cour d'école. J'attire à moi Gvêréét Hanem, elle se débat, je la frappe. Elle répète qu'elle a pris sa décision : « Je suis venue t'annoncer mon départ définitif ». Oui, c'était ce que nous avions de mieux à faire, elle sur le qui-vive, lançant par la vitre des œillades latérales, et je la rétreignais, trouvant ses lèvres. Je ne voudrais jamais d'autres amours, mais dans quel entretien n'avons-nous pas évoqué la rupture. C'est toujours elle qui l'évoque.

     

    La rupture. Et je me promets bien chaque fois de ne plus y mordre, (« ...ne veulent pas être comprises, mais aimées ») - car tout raisonnement logique mené jusqu'à son terme aboutit immanquablement à me clore la gueule  - c'est pourquoi je ne m'y fie plus - mon corps avec elle est ma seule réplique. Pour une fois, une femme qui montre ses désirs ! Quelle aubaine ! Je ne m'en lasse pas, je ne la lâche pas. Un tel phénomène est absolument rarissime. On devrait l'exhiber dans les foires. Pour l'instant, la foire, c'est moi. Elle finit par se jeter sur moi, je l'ai reconduite place d'Erres. Elle s'est éloignée rue de l'Ob, une petite voie pavée. Suis remonté aux Terres Fermes.